3 juin 2026
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Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a officiellement dévoilé la composition de son nouveau gouvernement ce lundi. Cette annonce intervient dans un contexte politique tendu, marqué par la déclaration de non-participation du Pastef, le parti d’Ousmane Sonko, bien que certaines figures de cette formation politique aient tout de même été nommées au sein de la nouvelle administration.

Cette restructuration gouvernementale fait suite au limogeage d’Ousmane Sonko par le président Faye il y a une dizaine de jours. Ancien compagnon de route et figure emblématique du Pastef, Ousmane Sonko occupe désormais la fonction de président de l’Assemblée nationale. La séparation entre les deux hommes, après des mois de tensions croissantes, ouvre une période d’incertitude politique pour le pays, qui doit déjà faire face à une crise financière significative.

Le remplacement d’Ousmane Sonko au poste de Premier ministre par Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô a précédé la publication d’une liste de trente ministres. Cette nouvelle équipe gouvernementale se distingue par l’absence de plusieurs cadres majeurs du Pastef qui figuraient dans le cabinet précédent.

Quelques instants avant la diffusion de la liste, Ousmane Sonko avait clairement indiqué, via un communiqué diffusé sur ses réseaux sociaux, que son parti ne ferait pas partie du nouveau gouvernement.

Des désaccords persistants

Dans sa déclaration, Ousmane Sonko a fait état d’un « long entretien » avec le président de la République. Il a souligné que si des « convergences » avaient été identifiées, des « points de désaccord » subsistaient, notamment concernant « la place et le rôle de la majorité dans le dispositif exécutif ».

Le communiqué précisait également que de « nouvelles propositions » formulées par les instances du parti au président de la République n’avaient pas reçu de « réponse favorable ». En conséquence, le Pastef – Les Patriotes a réaffirmé sa décision de ne pas prendre part au prochain gouvernement, n’y étant représenté par « aucun ministre ».

Malgré cette prise de position ferme, la liste ministérielle révèle l’intégration de plusieurs alliés et membres du Pastef, moins connus du grand public. Parmi eux, Moussa Bala Fofana a été nommé ministre de l’Urbanisme, et Yankhoba Diémé a pris les rênes du portefeuille des Forces armées.

Par ailleurs, le président Faye a choisi de reconduire plusieurs ministres clés de l’ancienne équipe, dont Cheikh Diba aux Finances, Moustapha Mamba Guirassy à l’Éducation, et Cheikh Tidiane Dièye à l’Assainissement.

Le nouveau Premier ministre, Amadou Al Aminou Lô, a confirmé que la formation du gouvernement avait été précédée de « concertations d’usage avec toutes les personnes concernées », y compris le chef du Pastef, Ousmane Sonko.

Lors de la présentation de la liste sur la chaîne publique RTS, le Premier ministre a transmis un message du président Faye, insistant sur le fait qu’« en toutes circonstances un homme d’État doit veiller à ce que la patrie et la République soient toujours au-dessus de toutes considérations partisanes ».

Un nouveau tournant politique

Cette configuration marque un tournant décisif dans la relation entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Les deux hommes, qui ont partagé un long parcours politique et remporté la présidentielle de mars 2024 sous le slogan unificateur « Sonko mooy Diomaye » (Sonko c’est Diomaye en wolof), ont vu leurs divergences éclater au grand jour ces derniers mois.

La rupture s’est concrétisée après le renvoi d’Ousmane Sonko de son poste fin mai. Empêché de se présenter à la présidence suite à une condamnation pour diffamation, Ousmane Sonko avait désigné son bras droit, Bassirou Diomaye Faye, pour le représenter. Cependant, des désaccords sont apparus entre eux, même avant l’élection.

Les tensions ont commencé à se manifester dès juillet 2025, lorsque Ousmane Sonko, alors Premier ministre, avait vivement critiqué le président Faye, dénonçant un « problème d’autorité » au sein du pays. Début mai, le président avait à son tour pointé du doigt la « personnalisation excessive » de son ancien Premier ministre au sein du parti au pouvoir.