Le Premier ministre français Sébastien Lecornu atterrit aujourd’hui à Rabat pour une visite officielle de deux jours, marquant un tournant dans les relations entre la France et le Maroc. Cette visite, la première à l’étranger pour le chef du gouvernement français depuis sa prise de fonctions en 2025, s’inscrit dans une dynamique de réchauffement des liens bilatéraux.
Accompagné d’une délégation ministérielle de haut niveau, dont Jean-Noël Barrot (Affaires étrangères) et Laurent Nuñez (Intérieur), Lecornu doit s’entretenir avec son homologue marocain Aziz Akhannouch. L’objectif ? Consolider une coopération déjà renforcée, notamment depuis la reconnaissance française de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en 2024, une décision saluée par Rabat mais qui avait provoqué des tensions avec Alger.
Cette visite s’inscrit dans un contexte de rapprochement stratégique entre Paris et Rabat, le Maroc devenant la priorité de la diplomatie française au Maghreb. « Les relations franco-marocaines sont désormais excellentes, il s’agit d’en récolter les fruits », souligne Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam).
des discussions sur l’économie, la sécurité et la défense
Lors de ce déplacement, plusieurs accords sont attendus dans des domaines clés : économie, sécurité, migration et défense. Une réunion interministérielle est prévue au ministère marocain des Affaires étrangères, avant une cérémonie officielle au mausolée royal et un entretien bilatéral approfondi.
Parmi les sujets sensibles, la question de l’extradition du Franco-Marocain Ismael Benahmed, suspecté du meurtre d’un homme à Paris en 2019 et arrêté récemment au Maroc, sera abordée avec Abdelouafi Laftit, ministre marocain de l’Intérieur. Rabat, qui soutient le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental, salue également le soutien français à cette initiative, ayant contribué à l’adoption d’une résolution favorable à l’ONU en 2025.
vers une visite royale française ?
Le point d’orgue de cette visite pourrait être l’annonce prochaine d’une visite d’État du roi Mohammed VI en France. Les ministres des Affaires étrangères des deux pays ont évoqué cette possibilité fin mai, sans en préciser la date. Une telle visite, la première depuis 2000, scellerait un partenariat bilatéral qualifié d’« exceptionnel ».
Ce rapprochement intervient après des années de tensions, notamment lors de la crise des visas en 2021-2022, où Paris avait réduit de moitié les autorisations accordées aux ressortissants marocains. Rabat avait alors diversifié ses partenariats commerciaux avec d’autres pays européens. Aujourd’hui, les deux pays misent sur une coopération renforcée, notamment dans la lutte contre le djihadisme au Sahel, où leurs intérêts convergent.
Pierre Vermeren, historien spécialiste du Maghreb, estime que « Emmanuel Macron, en fin de mandat, ne veut pas laisser un échec au Maghreb avec l’Algérie et se tourne résolument vers le Maroc ». Le royaume chérifien pourrait ainsi jouer un rôle d’intermédiaire pour favoriser un dialogue entre la France et les pays d’Afrique subsaharienne.
un premier déplacement symbolique
Pour Sébastien Lecornu, ce déplacement à Rabat représente un test pour sa diplomatie. « Il s’agit du premier déplacement à l’étranger depuis sa prise de fonctions », rappelle un observateur. Après un accueil militaire mercredi soir, les deux Premiers ministres échangeront jeudi matin lors d’une cérémonie officielle, avant une série de réunions visant à concrétiser les ambitions communes des deux pays.
Rabat mise sur cette visite pour attirer de nouveaux investissements français, tandis que Paris cherche à sécuriser ses intérêts stratégiques en Afrique du Nord, dans un contexte géopolitique marqué par les rivalités régionales.