19 septembre 2026
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Le maintien de la note B du Cameroun à « B-/B » par S&P suffit-il à rassurer les marchés ? La question s’impose après la confirmation, à la mi-septembre, d’une perspective stable qui masque mal une inquiétude grandissante : celle d’une transition politique à Yaoundé devenue le principal facteur d’incertitude pour les investisseurs et les bailleurs multilatéraux. Longtemps considérée comme taboue, la succession présidentielle s’invite désormais au cœur de l’évaluation du risque pays. Pour les partenaires du Cameroun, ce statu quo vaut moins comme un satisfecit que comme un avertissement.

Note B du Cameroun : un statu quo qui sonne comme un avertissement

En reconduisant le « B-/B », S&P valide la trajectoire budgétaire défendue par Yaoundé dans le cadre du programme conclu avec le Fonds monétaire international (FMI). L’agence n’en souligne pas moins la fragilité structurelle de l’économie camerounaise. La notation reste ancrée dans la catégorie spéculative, à cinq crans sous le seuil « investment grade », ce qui traduit une capacité de remboursement jugée vulnérable aux chocs. Les analystes pointent un endettement public qui pèse sur les recettes et une exécution budgétaire heurtée par la volatilité des cours des hydrocarbures.

Derrière l’apparente stabilité, les incertitudes politiques demeurent. Le pays entre dans une séquence électorale sensible, avec une présidentielle appelée à sceller ou non la longévité d’un régime en place depuis plus de quatre décennies. Ce contexte alimente la prime de risque exigée par les marchés, dans une région déjà marquée par les turbulences sahéliennes et par le resserrement des conditions de financement pour les émetteurs africains.

La transition au sommet de l’État, nouvelle variable du risque

C’est bien la question de la succession présidentielle qui cristallise les attentions. S&P considère que l’issue du scrutin et, plus largement, la gestion de l’après-Biya détermineront la stabilité macroéconomique du pays pour les années à venir. Un enchaînement institutionnel maîtrisé permettrait de préserver la relation avec les bailleurs, à commencer par le FMI, dont le programme sert d’ancrage aux réformes structurelles. À l’inverse, un blocage politique, une contestation post-électorale ou une vacance mal préparée exposeraient Yaoundé à une fuite brutale des capitaux et à une dégradation de sa signature.

Une ancre régionale exposée à l’effet de contagion

Première économie de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), le Cameroun joue un rôle d’ancrage. Sa signature influence directement les conditions de financement des autres émetteurs de la zone franc, du Gabon à la République du Congo. Un décrochage souverain camerounais aurait donc des répercussions immédiates sur la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et sur les réserves de change communes, déjà mises sous tension par les besoins de refinancement extérieur des pays membres.

Des réformes budgétaires aux résultats encore fragiles

Sur le plan macroéconomique, S&P met en avant les efforts pour rationaliser les subventions aux carburants, élargir l’assiette fiscale et contenir la masse salariale. Ces mesures, inscrites dans la lettre d’intention signée avec le FMI, ont permis de stabiliser le déficit budgétaire autour de niveaux jugés soutenables. La mobilisation des recettes non pétrolières reste toutefois faible, autour de 12 à 13 % du produit intérieur brut, un ratio nettement inférieur à celui d’économies comparables.

La dépendance aux hydrocarbures continue de fragiliser les équilibres extérieurs. La production pétrolière camerounaise décline structurellement, ce qui érode les recettes d’exportation alors que les besoins d’importation, notamment alimentaires et énergétiques, demeurent élevés. Le service de la dette extérieure, estimé à plusieurs centaines de milliards de francs CFA par an, absorbe une part croissante des ressources publiques et réduit la marge de manœuvre pour les investissements de long terme.

Les partenaires techniques et financiers surveillent aussi la mise en œuvre effective des recommandations du FMI sur la gouvernance des entreprises publiques, en particulier dans les hydrocarbures et l’électricité. La Société nationale des hydrocarbures (SNH) et Camair-Co figurent parmi les entités dont la restructuration conditionne la crédibilité de la trajectoire budgétaire annoncée à l’horizon 2027.

Quel signal pour les investisseurs et les bailleurs ?

Pour les gestionnaires d’actifs exposés à la dette africaine, le message de S&P est ambivalent. La stabilité de la note ouvre la porte à de nouvelles émissions d’eurobonds ou à des placements privés, si les conditions de marché le permettent. Mais la mention explicite du risque politique incite à la prudence, à quelques semaines d’une échéance dont l’issue redessinera la géographie du pouvoir dans la sous-région. Les diplomates occidentaux et les capitales du Golfe, désormais très actives dans le financement des infrastructures africaines, observent la situation avec la même attention.

S&P a explicitement conditionné sa perspective stable à la capacité des autorités à assurer une transition ordonnée. C’est, selon l’agence, un préalable au maintien de l’accès du Cameroun aux marchés internationaux de capitaux.