23 juillet 2026
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L’agenda judiciaire du Sénégal s’annonce chargé avec l’ouverture prochaine d’un procès historique. La Haute Cour de Justice a en effet fixé au 22 juillet la date de l’audience concernant Aïssatou Sophie Gladima, ancienne ministre des Mines et de la Géologie sous Macky Sall. Placée en détention préventive depuis plusieurs mois, elle devra répondre de ses actes devant une juridiction d’exception, réservée aux membres du gouvernement accusés de manquements dans l’exercice de leurs fonctions. Ce procès s’inscrit dans une dynamique plus large de responsabilisation portée par les nouvelles autorités dakaroises.

Une juridiction exceptionnelle aux rares précédents

La Haute Cour de Justice occupe une place à part dans le paysage institutionnel sénégalais. Composée de députés élus par leurs pairs, elle est la seule à pouvoir juger les ministres pour des actes commis dans le cadre de leurs attributions, dès lors qu’ils sont qualifiés de crimes ou délits. Son activation reste exceptionnelle : depuis l’indépendance, seuls quelques dossiers y ont été examinés, ce qui confère à chaque affaire une dimension politique bien au-delà du simple cadre pénal.

Le dossier de Sophie Gladima s’inscrit dans cette lignée. Transmis par l’Assemblée nationale après un vote autorisant sa mise en accusation, il a fait l’objet d’une instruction approfondie. Le renvoi devant la formation de jugement marque désormais l’entrée dans une phase publique, où les débats promettent d’être scrutés avec attention, notamment par les acteurs du secteur extractif. Les Mines constituent en effet un pilier stratégique de l’économie sénégalaise.

Transparence et responsabilité : les priorités du nouveau pouvoir

Depuis l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko en 2024, la lutte contre les détournements présumés s’est imposée comme une priorité absolue. Plusieurs anciens ministres, directeurs généraux et hauts fonctionnaires de l’ère Sall ont été placés en garde à vue, interrogés ou incarcérés. L’affaire Gladima s’insère dans cette logique, aux côtés d’autres dossiers instruits par le pôle judiciaire financier ou par la Haute Cour, selon le statut des personnes mises en cause.

Entre 2019 et 2022, Sophie Gladima a piloté le ministère des Mines et de la Géologie, période durant laquelle le Sénégal a renforcé sa filière aurifère et posé les bases de l’exploitation des hydrocarbures. Les investigations en cours porteraient sur la gestion des fonds publics et les décisions prises dans l’exercice de ses fonctions. À ce stade, la présomption d’innocence s’applique, et la défense n’a pas encore dévoilé sa stratégie pour les audiences à venir.

Un message clair aux investisseurs du secteur minier

Au-delà de la personnalité de l’ancienne ministre, ce procès envoie un signal fort aux opérateurs économiques présents au Sénégal. Le secteur minier, traditionnellement centré sur l’or de Kédougou, les phosphates de Thiès et le zircon de la Grande Côte, connaît une phase d’expansion avec l’arrivée de nouveaux acteurs internationaux et le développement des hydrocarbures offshore. Les investisseurs suivront de près la manière dont la justice sénégalaise traite les décisions administratives passées, en particulier les octrois de permis et les avenants contractuels signés sous la législature précédente.

Pour le gouvernement actuel, l’enjeu est double : prouver la solidité des dossiers sans alimenter les critiques sur une éventuelle justice à deux vitesses. Si certains soutiens de l’ancienne majorité dénoncent une instrumentalisation des procédures à des fins politiques, la coalition Pastef défend une exigence de transparence réclamée par les citoyens. Le 22 juillet, la Haute Cour de Justice deviendra ainsi le théâtre d’un débat crucial, susceptible d’attirer l’attention des diplomaties et des partenaires financiers.

Plusieurs inconnues persistent encore : le format des débats, la liste des témoins appelés à témoigner et le calendrier prévisionnel du délibéré. Ces éléments détermineront l’impact réel de ce procès sur la jurisprudence sénégalaise en matière de responsabilité ministérielle.