Niger : la Nigérienne des Eaux sous pression après un rapport accablant

Un rapport provisoire de la Cour des comptes du Niger révèle des défaillances majeures au sein de la Nigérienne des Eaux (NDE). Contaminations bactériologiques, fuites massives, marchés publics retardés et gouvernance contestée : les constats sont sans appel.

Écouter cet article≈ 3 min

Une qualité de l’eau préoccupante

Les analyses menées dans plusieurs centres régionaux affichent des taux de bactéries bien au-delà des normes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui exige zéro germe par 100 ml. Les relevés sont éloquents :

  • Doutchi : 50 100 UFC/100 ml
  • Maradi : 30 200 UFC/100 ml
  • Filingué : 17 120 UFC/100 ml

La vétusté du réseau, long de 6 957 kilomètres et victime de 20 000 à 40 000 fuites par an, favorise les infiltrations d’eaux usées et les chutes de pression. Le dosage du chlore, essentiel à la désinfection, est erratique : sous-dosage à Tillabéri et Dosso, surdosage à Niamey. S’ajoutent des ruptures de stock de produits de traitement, comme l’hypochlorite de calcium, et l’usage de réactifs périmés dans les laboratoires, empêchant toute certification de potabilité.

Des pertes financières et des marchés publics en souffrance

Chaque année, 17,9 millions de mètres cubes d’eau non facturée représentent un manque à gagner de 5,3 milliards de francs CFA pour l’État. La mauvaise exécution de certains marchés aggrave la situation :

  • Marché de matériel de réseau (DAO n° 001/2025) : attribué à Nascom pour 950 millions de FCFA TTC, il accuse des retards importants. Une avance de 250 millions a été versée, mais la marchandise est bloquée chez le fabricant en Tunisie, gelant les nouveaux raccordements.
  • Renouvellement des produits de traitement (DAO n° 009/2026) : un appel d’offres lancé en septembre 2026 pour l’achat urgent d’hypochlorite de calcium souligne l’urgence de sécuriser les usines.

Une gouvernance interne pointée du doigt

Le rapport épingle aussi des faiblesses dans le contrôle interne et la gestion des ressources humaines : dépenses engagées de façon unilatérale, promotions accélérées sans respect des grilles d’ancienneté, absence de formation certifiante pour les techniciens réseau. Autant de facteurs qui fragilisent la chaîne d’expertise technique.

Alors que la phase contradictoire du rapport se poursuit, ces révélations mettent en évidence la nécessité de réformes structurelles profondes pour garantir la continuité du service public et la sécurité sanitaire des populations.

Abonnez-vous au flux :