3 juin 2026
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Maroc et Algérie se disputent l’influence économique au Sahel

La bande sahélienne, s’étendant du Mali jusqu’au Tchad, ne présente pas les indicateurs économiques d’un eldorado prometteur. Avec des chiffres économiques parmi les plus faibles au monde, les pays comme le Mali, le Burkina Faso ou le Niger cumulent des défis structurels majeurs. Au Mali, près de 47 % des 25,9 millions d’habitants ont moins de 15 ans, seulement un quart des terres sont arables, et le pays se classe au 188ᵉ rang de l’indice de développement humain du PNUD sur 193 pays. Dans ces nations, la pauvreté touche une part significative de la population : 45 % au Mali, 40 % à Ouagadougou et 60,5 % à Niamey, selon la Banque mondiale. Ces États enclavés, dirigés par des juntes militaires ayant formé l’Alliance des États du Sahel (AES), misent sur une rhétorique anti-française et anti-occidentale pour justifier leur pouvoir. Pourtant, cette orientation n’a pas engendré la prospérité promise à leurs populations.

le Maroc mise sur un hub atlantique pour le Sahel

Le Maroc propose une solution ambitieuse pour désenclaver les pays du Sahel : le port Dakhla Atlantique. Ce projet pharaonique, dont l’achèvement est prévu pour 2028, vise à offrir un accès direct à l’océan Atlantique et aux marchés européens et américains. Inspiré par le modèle du port Tanger Med, ce hub logistique pourrait devenir une porte d’entrée majeure pour les économies sahéliennes. Le pouvoir marocain a déjà reçu les trois dirigeants de l’AES, démontrant son engagement à soutenir le développement régional.

Sur le plan géopolitique, cette initiative vise à contrer l’influence algérienne tout en proposant une alternative économique aux pays sahéliens. Le Maroc mise sur sa position stratégique pour attirer les investissements et offrir une issue à une jeunesse sahélienne en quête d’opportunités, alors que la population de la région devrait doubler en dix ans. En proposant une ligne de chemin de fer vers le Sahara occidental, Rabat pourrait ainsi redynamiser les échanges commerciaux et lutter indirectement contre l’extrémisme violent qui sévit dans la région.

l’Algérie mise sur le gaz naturel pour renforcer son influence

De son côté, l’Algérie relance sa coopération avec le Niger après des tensions diplomatiques passées. En février, Alger a proposé la construction d’un tronçon du gazoduc transsaharien, reliant le Nigeria au Maroc via le Niger. Ce projet, long de 4 800 kilomètres, permettrait d’acheminer du gaz naturel vers l’Europe tout en désenclavant le Niger. La Sonatrach, entreprise publique algérienne, prendrait en charge la construction et formerait les Nigériens à l’exploitation du gazoduc, offrant ainsi une alternative locale aux modèles étrangers peu enclins à partager leur savoir-faire.

Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer l’influence algérienne dans le Sahel. En misant sur les hydrocarbures, Alger cherche à s’imposer comme un acteur clé de la stabilité régionale, tout en offrant une solution économique aux pays enclavés. Contrairement à d’autres partenaires internationaux, l’Algérie privilégie la formation des locaux, un atout supplémentaire pour gagner leur confiance.

deux visions qui s’affrontent au Sahel

Les stratégies du Maroc et de l’Algérie au Sahel présentent des points communs : désenclavement, lutte contre la pauvreté et stabilisation de la région. Cependant, leurs approches divergent en raison du conflit autour du Sahara occidental. À Madrid et Washington, en février, des discussions ont été lancées sur le plan d’autonomie marocain pour cette région. Si ce conflit était résolu, les deux pays pourraient collaborer pour aborder les défis sécuritaires et démographiques du Sahel, limitant ainsi la capacité des États de l’AES à jouer sur leurs rivalités.

Le djihadisme au Sahel prospère grâce à la pauvreté et aux gouvernements autoritaires. Les deux pays maghrébins souhaitent briser ce cycle infernal. L’Algérie mise sur ses ressources en hydrocarbures et son expertise en gestion énergétique, tandis que le Maroc privilégie les grands travaux et sa position de hub entre l’Afrique, l’Amérique et l’Europe. Bien que complémentaires, leurs stratégies s’opposent en raison du conflit sahraoui, une situation regrettable pour une région en quête de stabilité.