3 juin 2026
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Dans un contexte géopolitique marqué par des crises multiples, le Mali s’impose comme un terrain où l’accès à une information libre et pluraliste se réduit comme une peau de chagrin. Entre désinformation et censure, les autorités maliennes multiplient les mesures pour façonner un récit conforme à leurs ambitions politiques, au détriment de la transparence et de la démocratie.

Bamako sous les tensions : après les attaques contre des bases militaires, la ville reste sous haute surveillance

un espace médiatique en voie de disparition

Les récents événements au Mali illustrent une tendance inquiétante : la fermeture progressive des médias indépendants. Depuis les attaques jihadistes et indépendantistes du 25 avril, de nombreux organes francophones voient leur diffusion suspendue sous prétexte de désinformation. Une mesure qui s’inscrit dans un mouvement plus large, également observé au Niger et au Burkina Faso, où les juntes militaires musèlent la presse pour imposer leur propre narration.

Ousmane Diallo, chercheur pour Amnesty International en Afrique de l’Ouest, n’hésite pas à qualifier le Sahel de « goulag de l’information ». Dans cette région, les journalistes sont régulièrement menacés, intimidés, voire réduits au silence. La surveillance étatique et les pressions politiques transforment peu à peu les citoyens en acteurs passifs, privés de toute capacité d’analyse critique. Une situation qui rappelle les heures sombres des régimes autoritaires, où l’information devient un outil de propagande au service du pouvoir.

Bamako-Moscou : un récit intouchable

À Bamako, toute critique envers la Russie est désormais interdite. Le rapprochement avec Moscou, présenté comme un pilier de la souveraineté malienne, ne souffre aucune contestation. L’affaire d’Ibrahima Tamega, militant pro-démocratie arrêté pour avoir tagué des messages hostiles à la Russie, en est la parfaite illustration. Son interpellation, suivie de plusieurs jours de détention, envoie un message clair : toute remise en question de l’axe Bamako-Moscou sera sévèrement réprimée.

Dans un pays où l’opposition est déjà étouffée, ces graffitis deviennent un acte de résistance. La réponse des autorités, immédiate et brutale, vise à dissuader toute velléité de débat indépendant. Le pouvoir préfère protéger son alliance avec la Russie plutôt que de répondre aux attentes de son peuple.

le général goïta et la concentration du pouvoir

Le général Assimi Goïta incarne cette dérive autoritaire. En cumulant les fonctions de chef de l’État et de ministre de la Défense, il a progressivement centralisé le pouvoir autour de sa personne. Cette concentration des décisions au sommet affaiblit les institutions et favorise la loyauté personnelle au détriment de l’intérêt général.

Selon les chercheurs Salah Ben Hammou et Hiba Naciri, cette personnalisation du pouvoir menace la stabilité à long terme du Mali. Les forces armées, en effet, sont de plus en plus organisées pour protéger le dirigeant plutôt que de servir la nation. Sur le terrain, cette logique se traduit par une coordination militaire moins efficace et une capacité réduite à contrer les insurgés. Un cercle vicieux où le pouvoir absolu affaiblit la sécurité collective.