28 avril 2026
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Le Mali révolutionne la lutte contre le paludisme avec une approche vaccinale hybride

Logos partenaires

 

• À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme, le Mali s’impose comme le 20e pays africain à adopter le vaccin antipaludique.

• En 2023, le Mali enregistrait 3,1 % (soit 8,15 millions) des cas mondiaux de paludisme et 2,4 % (14 328 décès) des décès liés à cette maladie.

• L’approche hybride combine une vaccination régulière pour les trois premières doses et une administration saisonnière des doses suivantes, avant la période de forte transmission.

Kalaban-Coro, Mali — À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme, le Ministère de la Santé et du Développement social du Mali, en collaboration avec Gavi, l’UNICEF et l’OMS, a lancé une stratégie vaccinale inédite contre le paludisme. Cette initiative vise à protéger les enfants âgés de 5 à 36 mois, une tranche d’âge particulièrement vulnérable à cette maladie.

Le Mali se distingue en devenant le premier pays au monde à appliquer une approche hybride de vaccination antipaludique. Les trois premières doses sont administrées mensuellement tout au long de l’année, en fonction de l’âge des enfants. Les quatrième et cinquième doses sont ensuite données de manière saisonnière, en mai ou juin, avant le pic de transmission du paludisme entre juillet et décembre. Cette méthode permet d’aligner la protection vaccinale avec la période de plus grand risque, optimisant ainsi l’efficacité du vaccin.

Le vaccin R21/Matrix-M sera d’abord déployé dans 19 districts prioritaires répartis dans cinq régions : Kayes, Koulikoro, Mopti, Ségou et Sikasso. Le Mali dispose actuellement de 927 800 doses pour cette introduction historique.

Selon le Rapport 2024 de l’OMS sur le paludisme, le Mali comptait en 2023 pour 3,1 % des cas mondiaux (8,15 millions) et 2,4 % des décès (14 328) liés à cette maladie. Le pays figure parmi les onze nations où le fardeau du paludisme est le plus lourd, avec une augmentation de 1,4 million de cas entre 2019 et 2023. La Région africaine concentre à elle seule 94 % des cas et 95 % des décès mondiaux.

Lors du lancement, le Ministre de la Santé et du Développement social du Mali, Colonel Assa Badiallo Touré, a exprimé sa gratitude envers les partenaires : Gavi, le Fonds mondial, l’UNICEF et l’OMS, pour leur soutien constant. Il a souligné : « Ce déploiement marque une étape majeure dans notre combat contre le paludisme. Les efforts conjugués des chercheurs et des partenaires ont permis d’aboutir à cette recommandation de l’OMS. Nous sommes déterminés à mettre en œuvre cette stratégie pour réduire significativement l’impact de cette maladie. »

Gavi pilote le programme mondial de vaccination antipaludique, en partenariat avec les pays et les organisations internationales. Ce modèle de cofinancement unique permet aux nations de contribuer progressivement aux coûts des programmes. La prochaine période stratégique (2026-2030) vise à lever des fonds pour étendre cette initiative.

La Directrice générale de Gavi, Dre Sania Nishtar, a salué l’engagement du Mali : « Ce déploiement illustre notre volonté commune de sauver des vies et de limiter les ravages du paludisme. Avec plus de 24 millions de doses livrées dans 20 pays, il est crucial de maintenir un financement stable pour atteindre ceux qui en ont le plus besoin. Nous restons pleinement engagés dans cette lutte. »

L’UNICEF joue un rôle clé dans la distribution des vaccins et la mobilisation communautaire. Le Dr Pierre Ngom, Représentant de l’UNICEF au Mali, a déclaré : « Cette avancée est une lueur d’espoir pour les enfants maliens. Après 35 ans de recherche, le vaccin antipaludique offre enfin un outil puissant. Cependant, il ne remplace pas les autres mesures de prévention. Nous soutenons les efforts du gouvernement pour combiner vaccination et actions existantes, comme les moustiquaires imprégnées ou la chimioprévention. »

L’OMS a coordonné les évaluations pilotes du vaccin RTS,S/AS01 au Ghana, au Kenya et au Malawi. Entre 2019 et 2023, plus de deux millions d’enfants ont été vaccinés, réduisant de 13 % la mortalité infantile. Ces résultats ont conduit à la recommandation des deux vaccins antipaludiques actuels par l’OMS.

Le Dr Patrick Kabore, Représentant de l’OMS au Mali, a ajouté : « Le vaccin antipaludique représente une avancée majeure en santé publique. Il complète les outils existants comme les moustiquaires ou les pulvérisations intradomiciliaires, renforçant ainsi notre arsenal contre cette maladie mortelle. »

Le Mali combine cette innovation avec d’autres mesures préventives : moustiquaires imprégnées, chimioprévention saisonnière, traitement préventif intermittent pendant la grossesse et pulvérisations d’insecticides.

Expansion du vaccin antipaludique en Afrique

L’introduction du vaccin au Mali coïncide avec le déploiement massif de l’Ouganda, qui a réalisé le plus grand déploiement de vaccin antipaludique en nombre de districts et de populations cibles. Depuis 2023, plus de 24 millions de doses ont été livrées en Afrique, où 20 pays ont intégré le vaccin dans leurs programmes, couvrant plus de 70 % de la charge mondiale de paludisme.

Les premiers résultats au Cameroun confirment l’efficacité de cette stratégie. D’ici fin 2025, treize millions d’enfants supplémentaires en Afrique devraient être protégés. Pour la période 2026-2030, Gavi ambitionne de vacciner 50 millions d’enfants supplémentaires avec quatre doses, sous réserve de financements.

D’autres pays comme le Nigéria, le Tchad, le Soudan ou la République démocratique du Congo adaptent leurs programmes pour intégrer ce vaccin, souvent dans des contextes de fragilité sanitaire.

Pourquoi une approche hybride au Mali ?

La transmission du paludisme au Mali est fortement saisonnière, avec un pic entre juillet et décembre. L’approche hybride permet d’administrer les trois premières doses de manière régulière, puis les doses ultérieures juste avant la saison des pluies, maximisant ainsi la protection pendant la période de risque élevé.

Pourquoi cibler les enfants ?

Les enfants de moins de cinq ans représentent plus de 75 % des décès liés au paludisme. Leur système immunitaire n’étant pas encore mature, ils sont particulièrement vulnérables à cette maladie.

Efficacité et sécurité des vaccins

  • Sûreté et efficacité : Les vaccins RTS,S/AS01 et R21/Matrix-M, préqualifiés par l’OMS, réduisent de plus de moitié les cas de paludisme la première année. Une quatrième dose prolonge la protection.
    • Phase 3 des essais cliniques : réduction de 50 % des cas de paludisme chez l’enfant.
    • Administration saisonnière : jusqu’à 75 % de réduction des cas dans les zones à transmission élevée.
    • Ciblage de P. falciparum, le parasite le plus mortel en Afrique.
  • Programmes adaptés : Chaque pays adapte son déploiement en fonction de ses défis. Exemples :
    • Nigéria : déploiement progressif dans des États à forte prévalence.
    • Tchad : intégration dans un triple déploiement (paludisme, pneumonie, diarrhée).
    • Soudan et RDC : intégration dans des plans de riposte sanitaire.