Malgré le remplacement des forces Wagner par Africa Corps en 2025, les violences contre les civils au Mali se poursuivent sans relâche. Amnesty International révèle dans un rapport publié en septembre 2026 une série d’exactions présumées, allant des meurtres arbitraires aux actes de torture, en passant par des disparitions forcées et des frappes aériennes ciblant des marchés et des habitations. L’organisation dénonce l’absence totale de poursuites contre les responsables, alimentant un cycle d’impunité inquiétant.
Des violences qui persistent malgré le changement de régime
Le retrait progressif des forces Wagner et leur remplacement par Africa Corps, officiellement déployé en juin 2025, n’a pas mis fin aux exactions commises par les forces maliennes et leurs alliés. Les régions de Ségou, Mopti et Tombouctou restent particulièrement touchées, où 34 civils ont été tués lors d’opérations militaires entre juin 2023 et décembre 2025. Des témoignages recueillis par Amnesty International évoquent des exécutions extrajudiciaires, des égorgements et des brûlures de victimes, certaines après leur arrestation.
Des frappes aériennes meurtrières et des questions sur les cibles visées
Le rapport met en lumière plusieurs frappes aériennes aux conséquences dévastatrices. Le 16 mars 2025, une attaque sur le marché d’Ejdeir aurait causé la mort de 16 personnes. En novembre de la même année, une frappe contre une habitation à Tangata aurait fait sept morts. Amnesty International souligne l’absence de preuves attestant la présence de combattants ou d’objectifs militaires sur ces sites, remettant en cause la légitimité des opérations et la prise de précautions requise par le droit international.
Des actes de torture et des détentions arbitraires documentés
Les lieux de détention, notamment à Léré et Nampala, sont pointés du doigt pour les traitements infligés aux détenus. Quinze survivants ont décrit à Amnesty International des méthodes de torture incluant des suspensions par les bras, des simulations de noyade, des électrocutions et des violences sexuelles. Cinq personnes au moins seraient mortes des suites de ces sévices. Par ailleurs, des détenus ont été privés de contact avec leurs proches ou d’accès à un avocat pendant plusieurs mois, aggravant leur situation.
La collaboration controversée entre militaires maliens et forces russes
Amnesty International établit un lien entre certains actes de torture et des membres de Wagner présents lors d’interrogatoires menés par des soldats maliens. Ces pratiques soulèvent des interrogations sur la responsabilité conjointe des autorités maliennes et des forces russes dans la perpétuation de ces violences.
Des communautés ciblées en raison de leur appartenance ethnique
Les Peuls, les Arabes et les Touaregs figurent parmi les groupes les plus exposés aux exactions. Accusés sans preuve de collaboration avec les groupes armés, notamment le GSIM, ces populations subissent des violences disproportionnées. Pillage de bétail, destruction de biens et destructions de propriétés aggravent leur précarité, déjà marquée par l’insécurité et les déplacements forcés.
L’impunité, un obstacle majeur à la protection des civils
Aucune enquête judiciaire n’a été ouverte depuis 2023 contre les membres des forces gouvernementales pour des exactions présumées. Cette absence de poursuites encourage un climat de peur et décourage les victimes de témoigner. Amnesty International exige des autorités maliennes qu’elles garantissent l’accès à la justice, ouvrent des enquêtes indépendantes et assurent la transparence sur les accords conclus avec Africa Corps. La lutte contre les groupes armés ne peut se justifier par des représailles collectives ou des violences ciblant des communautés entières.
Un changement de régime qui ne change rien sur le terrain
Le passage de Wagner à Africa Corps n’a pas mis fin aux exactions. Les récents événements de Bombori, où 80 hommes peuls auraient été battus et interrogés avant que six d’entre eux ne soient abattus en tentant de fuir, illustrent la continuité des pratiques violentes. Ces allégations remettent en question la légitimité des opérations menées en collaboration avec les forces russes et soulignent l’urgence d’instaurer des mécanismes de contrôle stricts.
Des solutions pour briser le cycle de la violence
Pour Amnesty International, la seule façon de mettre fin à cette spirale est d’assurer une justice sans faille. Les responsables présumés doivent être identifiés, poursuivis et jugés. Les victimes doivent bénéficier d’un accès effectif à des réparations et à des soins psychologiques. Par ailleurs, la transparence sur les accords militaires et l’application stricte du droit international humanitaire sont indispensables pour protéger les populations civiles et restaurer leur confiance dans les institutions.