29 juillet 2026
ea50839d-4e1b-4ae0-ac58-b6e484d7093b

Au Mali, le mouvement jihadiste du Jnim franchit une nouvelle étape en durcissant son blocus autour de Bamako. Ces dernières 48 heures, une dizaine d’autocars ont été réduits en cendres sur l’axe Ségou-Bamako, artère vitale pour l’approvisionnement de la capitale en provenance de l’est. Parallèlement, des installations électriques associées au barrage de Manantali, dans la région de Kayes, ont été délibérément endommagées, plongeant davantage le pays dans une crise énergétique et économique.

Manantali, épicentre d’une stratégie de déstabilisation

L’attaque contre Manantali n’est pas un hasard. Ce barrage, géré conjointement par le Mali, la Mauritanie et le Sénégal au sein de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), représente un pilier du réseau électrique malien. En ciblant ses infrastructures, le Jnim ne se contente plus de harceler les forces armées : il s’attaque aux fondements mêmes de l’économie urbaine, où les coupures de courant paralysent hôpitaux, entreprises et services publics en quelques heures. Cette tactique s’inscrit dans une logique de guerre prolongée, où chaque cible affaiblit la capacité de l’État à répondre aux besoins de sa population.

Cette escalade s’inscrit dans un cycle de pression systématique engagé depuis plusieurs semaines. Les jihadistes ont multiplié les attaques contre les convois de carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, transformant les pénuries d’essence en arme politique. Leur objectif ? Exploiter le mécontentement croissant face aux autorités transitoires menées par le général Assimi Goïta. Bamako, autrefois moins exposée, devient désormais le théâtre central d’une lutte d’usure sans précédent.

L’armée malienne en première ligne, mais sous tension

Dans ce contexte, l’armée malienne riposte en maintenant des opérations terrestres et aériennes sur plusieurs fronts. Grâce à des escortes renforcées, des centaines de camions-citernes ont pu rejoindre Bamako ces derniers jours, atténuant temporairement la crise dans les stations-service. Pourtant, cette avancée reste fragile : chaque convoi sécurisé mobilise des ressources considérables, et la stabilisation durable des axes routiers s’avère hors de portée à court terme.

Les Forces armées maliennes (FAMa) se retrouvent prises en étau. À l’ouest et au centre, les embuscades et les sabotages se multiplient, tandis qu’à l’est, la région de Kidal reste un foyer de tensions persistantes. Les groupes rebelles du Cadre stratégique permanent y maintiennent une pression constante, rendant toute trêve improbable. Le pouvoir de Bamako doit ainsi gérer une situation complexe, avec des moyens humains et logistiques de plus en plus limités.

Un impact qui dépasse les frontières du Mali

Le blocus imposé par le Jnim ne se limite pas aux frontières maliennes. Les économies voisines, notamment celles du Sénégal, de la Mauritanie et de la Côte d’Ivoire, subissent les répercussions de cette dégradation des corridors commerciaux. Les ports de Dakar et d’Abidjan, essentiels pour l’acheminement des marchandises vers l’hinterland sahélien, voient leur trafic ralentir significativement. La Confédération des États du Sahel, regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, peine à coordonner une réponse efficace face à cette guerre économique menée par les groupes jihadistes.

L’attaque contre Manantali soulève également des enjeux régionaux. Les dommages subis par le barrage pourraient indirectement priver le Sénégal et la Mauritanie d’une partie de leur approvisionnement électrique, transformant une crise locale en problème continental. Les partenaires internationaux, qu’ils soient bailleurs de fonds ou fournisseurs d’équipements militaires, doivent désormais arbitrer entre le soutien à la souveraineté malienne et la protection des infrastructures transfrontalières critiques.

Sur le terrain, la réalité contraste fortement avec les annonces officielles. Malgré les succès ponctuels des opérations militaires, la capitale malienne reste sous une pression constante. Le Jnim ne se contente plus de contrôler des zones géographiques : il cherche activement à asphyxier les institutions étatiques. Les prochains jours pourraient voir s’intensifier les combats, notamment autour de Kidal, où la situation reste particulièrement volatile.