21 mai 2026
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L’inquiétude monte au sein des familles maliennes, dont les proches ont été victimes de disparitions. Elles s’interrogent sur les lieux et conditions de détention, ainsi que sur le statut juridique de ces personnes. Leur principal souhait est que, si des accusations pèsent contre elles, leurs dossiers soient rapidement confiés à la justice. Cependant, les partisans du régime de transition défendent ces actions, les justifiant par la raison d’État et l’impératif de la lutte antiterroriste.

La raison d’État au cœur du débat malien

« Une enquête menée par le parquet militaire requiert des ressources extraordinaires, » affirme Tiambel Guimbayara, journaliste malien et directeur de publication de La voix du Mali, connu pour son soutien aux autorités actuelles. Il ajoute : « La sécurité de l’État justifie toute investigation menée au nom de la raison d’État. Rappelons que les attaques du 25 avril ont coûté la vie au général Sadio Camara, ministre de la Défense et figure centrale du pouvoir ! Selon moi, la raison d’État prévaut sur toute autre considération, particulièrement dans un contexte exceptionnel de confrontation aux groupes armés terroristes et au phénomène terroriste en général. »

Préserver l’âme de l’État face aux défis sécuritaires

Ce point de vue entre en conflit direct avec les principes énoncés dans la Constitution malienne, ainsi qu’avec les engagements internationaux du Mali, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Ces documents fondamentaux établissent un équilibre délicat : l’État a le droit de garantir sa propre sécurité, mais il a également le devoir impérieux de protéger les droits de ses citoyens. Jean-François Akandji-Kombé, professeur à la Sorbonne et expert en droit international et communautaire africain, insiste sur cette dualité.

« Il est indéniable que l’État malien possède toute la légitimité pour défendre la nation contre la menace terroriste, » explique le professeur Akandji-Kombé. Il nuance cependant : « Cependant, pour sauvegarder l’intégrité de la société malienne elle-même, l’État ne doit pas suspendre l’ensemble des libertés fondamentales. En matière de procédures judiciaires, le droit à un procès équitable, le principe de la présomption d’innocence et le droit d’être assisté par un avocat sont inaliénables. Ces droits constituent les piliers essentiels de la cohésion sociale et sont garants que l’État ne trahira pas ses propres valeurs dans son combat contre le terrorisme et les périls menaçant la vie de la nation. »

Selon de nombreux analystes, les autorités en place utiliseraient les attaques du 25 avril et la recherche de complices présumés comme un prétexte pour écarter des opposants politiques connus pour leur engagement démocratique.

Jusqu’à présent, les autorités de transition n’ont émis aucune déclaration officielle concernant les nombreuses disparitions enregistrées ces trois dernières semaines.

Le collectif d’avocats représentant la famille de Maître Mountaga Tall a publié un communiqué mardi, y exprimant sa « vive consternation » après la disparition de Cheikh Mamadou Tall, fils de leur confrère, survenue le 16 mai. Ce collectif exhorte « les autorités administratives et judiciaires compétentes à déployer tous les efforts nécessaires pour que les deux hommes retrouvent leur liberté, et que toute la lumière soit faite sur les circonstances entourant leur disparition. »