20 mai 2026
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Au Mali, la population se retrouve aujourd’hui confrontée à un dilemme cornélien : choisir entre l’autorité contestée d’une junte militaire et la promesse d’un ordre fondé sur la charia, portée par les groupes armés djihadistes. Cette situation, née de l’instabilité politique et de l’échec sécuritaire, place les Maliens dans une impasse sans précédent.

Un véhicule militaire malien sur une route de Bamako

Une junte sous pression face à la montée des groupes armés

La disparition temporaire du général Assimi Goïta après les attaques coordonnées du 25 avril a révélé la fragilité du pouvoir en place. Dans un discours rassurant prononcé quelques jours plus tard, il a affirmé que « la situation était maîtrisée », alors même que des groupes armés comme le JNIM (affilié à Al-Qaida) et le Front de libération de l’Azawad (FLA) ont repris le contrôle de territoires clés, dont la ville de Kidal. Bamako, quant à elle, subissait un blocus imposé par les djihadistes, mettant en lumière l’incapacité du régime à garantir la sécurité du pays.

Six ans après le coup d’État qui a porté la junte au pouvoir, le constat est accablant : l’armée malienne, malgré ses moyens annoncés, reste en position défensive, incapable de contrer l’avancée des groupes armés. Cette situation alimente les craintes d’une prise de pouvoir progressive par le JNIM, dont les ambitions sont désormais affichées sans ambiguïté.

La charia, alternative redoutée ou espoir de changement ?

Dans un communiqué récent, le JNIM a précisé que « l’établissement de la charia » serait une priorité absolue en cas de prise de contrôle de l’État. Cette annonce a semé l’inquiétude parmi une partie de la population, d’autant que dans les zones déjà sous influence djihadiste, les populations subissent déjà les rigueurs de cette loi islamique.

Certains opposants au régime militaire, désespérés par l’échec des alternatives politiques, spéculent sur la possibilité d’un compromis avec le JNIM. Ils évoquent une « charia soft », une version atténuée de la loi islamique, avec laquelle ils pourraient composer pour évincer la junte. Cependant, aucune indication ne laisse penser que le JNIM accepterait un compromis : son objectif reste la conquête totale du pouvoir et l’instauration d’un État régi par la charia.

Face à cette réalité, les Maliens se retrouvent pris au piège entre deux forces opposées : un pouvoir militaire autoritaire et des groupes armés déterminés à imposer leur vision. Entre ces deux options, aucun horizon démocratique ou laïc ne se dessine, condamnant le pays à une impasse politique et sociale.

Comment le pouvoir militaire a ouvert la voie aux djihadistes

L’émergence de cette situation critique est en grande partie le résultat des choix politiques du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), la junte dirigée par le général Assimi Goïta. En s’emparant du pouvoir par la force, en réprimant toute opposition et en muselant les voix dissidentes, le régime a affaibli les institutions démocratiques et créé un vide que les groupes armés ont comblé.

La nature ayant horreur du vide, ce sont les mouvements armés et les extrémistes qui ont profité de cette faiblesse pour s’imposer comme les acteurs incontournables de la contestation. Leur capacité à défier l’autorité centrale et à imposer leur agenda a révélé l’incapacité du CNSP à gérer la crise et à protéger les citoyens.

Un nouveau Mali sous le joug du JNIM ?

Alors que le JNIM étend son emprise autour de Bamako et menace d’asphyxier l’économie du pays, la junte persiste dans le déni. Malgré les signes évidents de sa déroute, le régime continue de s’enfermer dans des discours triomphalistes, tout en renforçant sa répression interne. Preuve de cette fuite en avant : l’enlèvement de Mountaga Tall, figure politique majeure, par des individus encagoulés, une méthode souvent attribuée aux services de sécurité de l’État.

Cette escalade de la violence et des exactions a poussé de nombreux Maliens à s’interroger sur l’avenir du pays. Dans leur dernier communiqué, les djihadistes ont appelé à une « union sacrée » de toutes les forces vives du Mali – partis politiques, militaires, autorités religieuses et chefs traditionnels – pour mettre fin à la junte et instaurer un « nouveau Mali ». Ironie de l’histoire : c’est également sous ce slogan que le CNSP avait justifié son coup d’État.

Pourtant, ni le JNIM ni la junte ne semblent en mesure de proposer une issue favorable. Le premier mise sur l’instauration d’un État islamique, tandis que le second a substitué la loi des armes à toute forme de gouvernance légitime. Résultat : les Maliens sont condamnés à subir une tragédie multidimensionnelle, sans perspective de retour à la normale.

Dans cette équation complexe, une certitude s’impose : le Mali est aujourd’hui à la croisée des chemins. Le choix des citoyens ne se limite plus à soutenir ou rejeter la junte, mais à envisager une réalité où les groupes armés pourraient devenir les nouveaux maîtres du pays. Une perspective qui, pour beaucoup, relève davantage du cauchemar que de l’espoir.