Miriam Alía, responsable de la réponse aux épidémies chez Médecins Sans Frontières, analyse les vagues de méningite C et de rougeole qui ont frappé le Niger ces dernières années. Malgré l’existence de solutions vaccinales, ces deux pathologies hautement contagieuses continuent de représenter une menace mortelle pour la population.
Pourquoi ces épidémies persistent-elles au Niger ?
Si la vaccination devrait théoriquement empêcher la propagation de ces maladies, la réalité du terrain au Niger est complexe. Pour la méningite, l’absence de vaccins abordables couvrant l’ensemble des sérogroupes freine les interventions. La production mondiale limitée, due à un manque d’intérêt commercial des laboratoires, contraint les acteurs de santé à agir de manière réactive plutôt que préventive.
Concernant la rougeole, bien que le vaccin soit intégré aux programmes de routine depuis les années 70, le taux de couverture reste insuffisant pour stopper la transmission du virus au sein de la communauté.
La pénurie mondiale de vaccins contre la méningite
Dans la zone géographique connue sous le nom de « ceinture de la méningite », la situation reste précaire. Le Groupe international de coordination pour l’approvisionnement en vaccins peine à constituer des stocks suffisants. Actuellement, la vaccination ne se déclenche que lorsque le seuil épidémique est franchi, ce qui limite l’efficacité de la riposte.
Il n’existe pas de vaccin universel contre les différents sérogroupes (A, B, C, W135, X). Le vaccin conjugué tétravalent actuel est performant mais son coût est prohibitif. Un espoir réside dans le futur vaccin pentavalent développé par le Serum Institute of India, qui promet d’être plus économique et complet.
L’action de terrain à Tahoua et Agadez
En collaboration avec les autorités sanitaires nigériennes, plus de 30 000 personnes ont été protégées contre la méningite C dans la région de Tahoua. Une inquiétude émerge toutefois avec l’apparition du sérogroupe X, contre lequel aucun vaccin n’est encore disponible.
Parallèlement, de nouvelles pistes sont explorées pour réduire la transmission, comme l’usage de la ciprofloxacine. Une étude menée au Niger a démontré qu’une administration ciblée de cet antibiotique en zone rurale permet de freiner considérablement la maladie.
Les limites du calendrier vaccinal contre la rougeole
Pour stopper la rougeole, il est impératif d’atteindre un taux de couverture de 95 %. Or, au Niger, les contraintes sont nombreuses :
- Les protocoles de GAVI limitent souvent la couverture aux nourrissons de moins de 12 mois.
- Le rappel à 15 mois est fréquemment omis.
- Les populations nomades ou vivant dans des zones de conflit ont un accès réduit aux centres de santé.
Vers une approche plus flexible et globale
L’expertise de Médecins Sans Frontières suggère d’assouplir le calendrier vaccinal jusqu’à l’âge de 5 ans. Chaque consultation médicale doit devenir une opportunité de mise à jour vaccinale. Des campagnes multiantigéniques, combinant par exemple les vaccins contre la rougeole, le pneumocoque et le vaccin pentavalent (diphtérie, tétanos, coqueluche, hépatite B et Hib), sont déjà déployées à Arlit dans la région d’Agadez.
En complément, la vaccination contre le tétanos pour les femmes en âge de procréer est intégrée dès que possible afin de garantir une protection optimale à la mère et au futur nouveau-né. L’objectif reste clair : maximiser chaque contact avec les populations pour lutter contre ces maladies évitables.