3 août 2026
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Le Cameroun se prépare à une opération de financement extérieur d’envergure, l’une des plus importantes depuis son eurobond de janvier 2026. Les projections, issues des rapports sur la dette publique à fin juin 2026, révèlent l’intention de l’État de lever 690 millions de dollars, soit près de 400 milliards de FCFA, via un emprunt à composante ESG destiné aux investisseurs internationaux. Cette initiative intervient cependant dans un climat politique délicat, susceptible d’influencer la perception des marchés, notamment en raison de l’absence prolongée du président Paul Biya, un facteur que les investisseurs mondiaux intègrent systématiquement dans leur évaluation du risque souverain.

Le chef de l’État n’a plus été vu en public depuis le 7 juin 2026, date à laquelle les autorités avaient annoncé un « bref séjour privé » en Suisse. Cette période marque sa plus longue absence observée depuis son accession au pouvoir en 1982, alimentant les spéculations au sein de la nation concernant son état de santé.

Les représentants du gouvernement continuent de démentir fermement ces rumeurs. Le ministre de la Communication a affirmé que « le président est en bonne santé et travaille depuis Genève, où il réside actuellement. Les informations prétendant le contraire relèvent de la pure fantaisie et d’une manipulation malveillante visant à déstabiliser l’opinion publique ».

Malgré ces déclarations officielles, les interrogations demeurent. Plusieurs figures de l’opposition réclament une transparence accrue sur la situation du président, évoquant même un vide institutionnel. Pour les investisseurs internationaux, ces débats sont cruciaux, nourrissant leur appréciation du risque politique, un critère examiné au même titre que les fondamentaux macroéconomiques ou les indicateurs budgétaires.

Les agences de notation : une vigilance constante face au risque politique

Les analyses publiées par les agences de notation révèlent que cette préoccupation n’est pas nouvelle. Dans un rapport de novembre 2024, une agence soulignait que « l’instabilité politique sera un facteur majeur influençant la note souveraine du Cameroun. L’âge du président Paul Biya, sa longévité au pouvoir depuis 1982 et l’absence d’un plan de succession exacerbent le risque d’une transition désordonnée du pouvoir ». La notation B avec une perspective négative avait alors été maintenue.

En mai 2025, cette même agence confirmait sa notation, évoquant « des tensions politiques grandissantes à l’approche des élections », une gouvernance budgétaire encore fragile ainsi que des insuffisances persistantes dans la gestion des finances publiques. Une autre agence, en février 2024, développait une analyse similaire, estimant que « les risques de déstabilisation politique liés à l’absence d’un plan crédible de succession présidentielle » justifiaient le maintien de la note Caa, tout en avertissant qu’« une transition chaotique pourrait entraîner des retards de paiement de la dette ».

Une troisième agence de renom, dans son analyse de mars 2025, mettait également en lumière cette vulnérabilité. Elle rappelait que « le Cameroun est dirigé depuis 1982 par le président Paul Biya, qui, à 92 ans, devrait se présenter pour un huitième mandat à l’élection présidentielle d’octobre 2025 », ajoutant que la concentration du pouvoir et l’absence d’antécédent de transition présidentielle entretenaient un niveau élevé d’incertitude.

Néanmoins, la réforme constitutionnelle d’avril 2026 a conduit l’une des agences à revoir partiellement son appréciation. Dans sa dernière évaluation, elle estime que « le risque d’une transition désordonnée du pouvoir au Cameroun a diminué, sans pour autant disparaître, à la suite de la réforme constitutionnelle d’avril 2026 ayant créé le poste de vice-président. Cependant, on ne sait pas encore qui occupera cette fonction et les risques persistent, compte tenu d’un environnement sociopolitique fragmenté. »

Les marchés financiers ont déjà démontré leur sensibilité à ce type de signaux. Début octobre 2024, une rumeur annonçant le décès de Paul Biya avait provoqué un repli des obligations souveraines camerounaises libellées en dollars. Des rapports indiquaient alors que ces titres venaient d’enregistrer une troisième séance consécutive de baisse « en raison de l’incertitude concernant la santé du président Biya ».

Des experts en finance internationale ont commenté la situation. Un gestionnaire d’actifs soulignait que « le président Biya a concentré beaucoup de pouvoir autour de lui, et une crise de succession pourrait provoquer une forte volatilité sur les marchés ». Un stratège Afrique estimait quant à lui que « l’incertitude politique pourrait remettre en question la capacité du pays à maintenir sa politique budgétaire et à respecter ses engagements envers ses créanciers internationaux ».

Des fondamentaux économiques et partenariats pour apaiser les investisseurs

Le contexte politique ne représente toutefois qu’un des nombreux critères pris en compte par les investisseurs internationaux. Les perspectives de croissance, la trajectoire de la dette publique, la qualité de la signature souveraine, ainsi que les mécanismes de rehaussement de crédit destinés à sécuriser l’opération, jouent également un rôle déterminant dans leur appréciation.

Afin d’améliorer le profil de risque de cette émission et d’en renforcer l’attractivité, le Cameroun s’appuie sur plusieurs partenaires internationaux. L’opération est structurée avec l’appui de Matha Capital, qui agit comme conseiller financier, de la Banque africaine de développement (BAD), de l’Assurance pour le développement du commerce et de l’investissement en Afrique (ATIDI), institution multilatérale spécialisée dans la couverture des risques liés au commerce et à l’investissement, ainsi que de l’Africa Finance Corporation (AFC), institution financière panafricaine spécialisée dans le financement des infrastructures. L’intervention de ces partenaires vise à renforcer la crédibilité de l’émission auprès des investisseurs, notamment ceux spécialisés dans la finance durable.

Les fondamentaux économiques constituent également des arguments favorables. Dans sa dernière notation, une agence prévoit une croissance moyenne de 3,7 % en 2026 et 2027, anticipe une baisse du ratio de la dette publique à 40,2 % du PIB à l’horizon 2027 et rappelle que le Cameroun est parvenu à mobiliser 750 millions de dollars sur les marchés internationaux en janvier 2026 grâce à un eurobond largement souscrit.

L’agence souligne toutefois que les investisseurs continueront d’évaluer plusieurs facteurs, notamment l’évolution de la gouvernance, la gestion des finances publiques, l’apurement des arriérés, la conclusion d’un nouveau programme avec le Fonds monétaire international ainsi que le contexte politique. À quelques mois de cette nouvelle émission internationale, l’absence prolongée de Paul Biya constitue ainsi un élément supplémentaire susceptible d’influencer la perception du risque souverain du Cameroun. Sans remettre en cause, à elle seule, la capacité du pays à lever des fonds sur les marchés internationaux, elle pourrait peser sur les conditions auxquelles les investisseurs accepteront de financer cette opération.