21 août 2026
Second day of the 'Russia–Africa' Economic and Humanitarian Forum summit

©KIRILL KUKHMAR / TASS HOST PHOTO AGENCY/ HANDOUT/EPA/MAXPPP - epa10774383 A handout photo made available by TASS Host Photo Agency shows Cameroonian President Paul Biya meeting with Russia's President Vladimir Putin, during the Second Summit 'Russia-Africa' Economic and Humanitarian Forum in St.Petersburg, Russia, 28 July 2023. The Second Summit Economic and Humanitarian Forum 'Russia-Africa' takes place from 27 to 28 July at the Expoforum congress-exhibition center in St.Petersburg. EPA-EFE/KIRILL KUKHMAR / TASS HOST PHOTO AGENCY/ HANDOUT --MANDATORY CREDIT-- HANDOUT EDITORIAL USE ONLY/NO SALES (MaxPPP TagID: maxnewsfrfive208493.jpg) [Photo via MaxPPP]

Paul Biya, le dirigeant camerounais en poste depuis 1982 et doyen des chefs d’État à l’échelle mondiale, a effectué son retour à Yaoundé le jeudi 20 août. Son absence, qui a duré plus de deux mois, a ravivé d’intenses discussions au sein du pays concernant sa capacité à gouverner.

Le chef d’État, âgé de 93 ans, avait quitté Yaoundé le 7 juin pour un « court séjour privé en Europe », selon les déclarations officielles de la présidence. Des informations de la presse locale indiquaient qu’il se trouvait à Genève, en Suisse, accompagné de sa famille et de certains de ses collaborateurs les plus proches.

Après 73 jours passés hors du territoire national, Paul Biya a salué la foule présente à l’aéroport de Yaoundé d’un geste de la main, visible à travers la vitre légèrement ouverte de son véhicule. Il se dirigeait alors vers sa résidence, le palais d’Etoudi, en compagnie de son épouse, Chantal Biya. Plusieurs dizaines de militants du parti présidentiel, dont certains arboraient des pagnes à l’effigie du président, s’étaient rassemblés à l’aéroport pour l’accueillir dans une atmosphère festive.

L’état de santé de Paul Biya, qui effectue de fréquents séjours à Genève, est régulièrement source de rumeurs, souvent démenties par le gouvernement. Le 18 juin, en réponse à des articles de presse, René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication, avait formellement démenti l’hospitalisation du président camerounais dans une clinique genevoise.

Cette période d’absence prolongée, d’une durée inédite, a relancé les interrogations sur l’inertie du pouvoir camerounais et provoqué de vives critiques de la part de l’opposition. Celle-ci a dénoncé un « vide institutionnel » et un pays en « pilotage automatique », d’autant plus que la nomination d’un nouveau gouvernement et d’un vice-président est attendue depuis plusieurs mois.

Un retour jugé comme un « spectacle »

« Pour une démocratie comme la nôtre, il est naturel que l’absence prolongée d’un président suscite des interrogations. Cependant, cela n’a en rien altéré le fonctionnement du pays, qui a continué ses activités », a affirmé Gilles Owono, un enseignant de 30 ans présent à l’aéroport pour accueillir le chef de l’État.

En fin juillet, James Fame Ndongo, un haut cadre du parti présidentiel et ministre de l’Enseignement supérieur, avait écarté les accusations de vacance du pouvoir, arguant que « où qu’il se trouve, le chef de l’État suit méticuleusement les dossiers que lui soumettent (…) ses collaborateurs ».

Ces absences régulières, qui perdurent depuis plus de vingt ans, continuent d’alimenter la frustration de nombreux citoyens camerounais. « Qu’il soit là ou non, cela ne change rien. Quand il est présent, il n’agit pas. Je ne pense donc pas qu’il soit nécessaire de prendre part à ce spectacle », a vivement critiqué Prosper Nkou Mvondo, leader du parti d’opposition Univers.

La réélection de Paul Biya pour un huitième mandat en octobre 2025 avait été marquée par des manifestations violemment réprimées, le gouvernement ayant reconnu « plusieurs dizaines » de morts sans fournir de bilan précis. Les résultats, contestés par l’opposition, avaient également suscité une certaine réserve au sein des chancelleries occidentales.

Ce long séjour hors du Cameroun a également alimenté les spéculations concernant l’après-Biya, accélérant la course à sa succession, laquelle demeure toutefois entourée d’une grande incertitude. Tant qu’un vice-président n’aura pas été nommé, c’est au président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, qu’il reviendrait d’assurer l’intérim en cas de vacance du pouvoir, le temps qu’une élection présidentielle soit organisée.