2 septembre 2026
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Après un séjour prolongé de 74 jours en Suisse, le président Paul Biya est finalement rentré au Cameroun ce jeudi 20 août. L’attente des Camerounais, espérant apercevoir le chef de l’État, s’est soldée par la vision singulière de sa main, saluant depuis l’intérieur, derrière la vitre légèrement baissée de la limousine présidentielle. Un geste politique lourd de sens, que l’on peut décrypter selon quatre degrés symboliques de la « main » en politique : celle qui donne la mort, celle qui trompe, celle qui bénit, et enfin, celle qui gouverne.

Ahmed Newton Barry.

Les Camerounais attendaient de voir le patriarche au pied de la passerelle, comme à son habitude, serrant les mains des dignitaires du palais d’Etoudi. Ils ont finalement eu droit à une simple main. Ce qui, en politique, n’est jamais anodin. La symbolique de la main en politique se décline en quatre degrés distincts : la main qui met fin à une vie, celle qui déjoue les règles, celle qui confère la grâce, et enfin, celle qui détient le pouvoir.

Degré 1 : la main qui décide du sort

Dans les arènes de la Rome antique, la foule retenait son souffle, fixant la main de César. Un pouce levé, le gladiateur était épargné. Un pouce baissé, il mourait. En ce jeudi 20 août à Yaoundé, la scène s’est inversée. Il ne s’agissait plus de la main de l’Empereur décidant du sort d’un combattant, mais de la main du dirigeant qui devait prouver à la nation qu’il était toujours en vie. La main de Biya, saluant, a été la seule attestation de son retour et de sa vitalité.

Degré 2 : la main qui déjoue les règles

Quand les jambes ne peuvent plus suivre, la main peut recourir à la ruse. En 1986, le légendaire footballeur argentin Diego Maradona a marqué un but de la main contre l’Angleterre, un geste qu’il a surnommé la « Main de Dieu ». Bien que la tricherie fût évidente, l’arbitre valida le but. De même, ce jeudi, si seule une main fut perçue, la CRTV, la télévision nationale du Cameroun, avec ses deux cents agents déployés pour filmer le cortège, a néanmoins entériné ce « miracle » visuel.

Degré 3 : la main qui confère la grâce

Dans la tradition liturgique, le pouvoir est conféré par la main. Le prêtre impose ses mains, le pape accorde sa bénédiction Urbi et orbi, et le roi est sacré par l’onction. Une fois ointe, cette main devient une relique sacrée. Ce jeudi, nous avons assisté à une liturgie inversée. Une main-relique est apparue à travers une vitre teintée, semblable à une châsse portée en procession les jours de fête, pour que les fidèles continuent de croire.

Degré 4 : la main qui dirige l’État

Nous arrivons au degré final : la main qui signe. Pendant 74 jours, la durée du « court séjour » en Suisse, il nous a été affirmé que l’État continuait de fonctionner. La raison ? La main signait : décrets, nominations, lois. La main était présente, même en l’absence du corps. C’est la définition juridique la plus ancienne du pouvoir : la manus, la main. En latin, manus symbolise la puissance. Il n’y a plus de discours, plus de présence physique, plus de marche sur le tarmac. Il ne subsiste que la signature et le salut. La main qui appose sa marque et la main qui salue.

À Rome, la main décidait du sort des autres. Dans le contexte religieux, elle bénissait. À Yaoundé, elle indique avant tout que celui qui l’agite est toujours en place. Après quarante-trois ans de règne, les Camerounais devront s’habituer, pour une durée indéterminée, mais probablement plus courte que longue, à être gouvernés par une main. Comme l’a formulé avec franchise la journaliste camerounaise Marie Roger Biloa : « Le Cameroun doit se préparer à la disparition définitive d’un président déjà absent de facto. »