15 juillet 2026
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L’Espagne traverse une période de tensions diplomatiques inédites avec le Maroc, où le Parti populaire (PP) se retrouve au centre d’une polémique aux accents particulièrement vifs. José Manuel Albares, à la tête de la diplomatie espagnole, n’a pas hésité à qualifier le parti d’opposition d’«hostile au Maroc», une accusation rare dans le paysage politique espagnol. Selon lui, le PP instrumentalise la relation bilatérale entre les deux pays pour des raisons purement internes, transformant un partenariat stratégique en un outil de confrontation politique.

Cette escalade survient dans un contexte où l’Espagne et le Maroc ont construit, depuis 2022, une coopération ambitieuse couvrant des domaines aussi variés que la migration, l’économie, la sécurité ou encore la préparation commune de la Coupe du monde 2030. Les deux gouvernements ont d’ailleurs formalisé cette dynamique en décembre 2025 par quatorze nouveaux accords et une déclaration conjointe visant à renforcer le dialogue politique.

le Sahara occidental, épicentre des divergences

Le véritable point de discorde réside dans la question du Sahara occidental. En mars 2022, le gouvernement espagnol a reconnu la proposition marocaine d’autonomie comme «la solution la plus sérieuse et réaliste», une décision que le PP a immédiatement dénoncée comme une rupture avec des décennies de consensus. Alberto Núñez Feijóo, actuel leader du parti, avait alors critiqué l’absence de consultation préalable de l’opposition, tout en maintenant une position ambiguë sur le sujet.

Les contradictions internes du PP sont apparues au grand jour en juillet 2025, lorsqu’un représentant du Front Polisario a été aperçu lors du congrès national du parti. Cette présence a alimenté les doutes au Maroc quant à la cohérence d’un éventuel gouvernement Feijóo. En février 2026, Albares a accusé le PP de tenir un «double discours» : critiquer publiquement la position espagnole sur le Sahara tout en envoyant des «émissaires» au Maroc pour soutenir la thèse marocaine en coulisses.

Si ces accusations s’avéraient fondées, le PP se retrouverait face à un dilemme : utiliser le Sahara comme levier politique depuis l’opposition est une chose, mais assumer les conséquences diplomatiques d’un revirement une fois au pouvoir en est une autre.

un contexte international évolutif

L’Espagne de 2026 n’est plus celle de 2022. Depuis l’annonce de la position espagnole sur le Sahara, le Maroc a consolidé son soutien international, tandis que Madrid a ancré sa politique dans un partenariat global avec Rabat. Revenir sur cette position ne se limiterait pas à un simple ajustement diplomatique : cela rouvrirait l’un des dossiers les plus sensibles des relations hispano-marocaines. Le PP n’a, à ce jour, jamais clairement indiqué s’il maintiendrait ou non cette ligne une fois à la Moncloa.

l’immigration et la «priorité nationale», nouveaux sujets de friction

Le PP a également durci son discours sur l’immigration, notamment face à la montée de Vox. En avril 2026, la notion de «priorité nationale» a fait irruption dans le débat politique, un concept historiquement porté par l’extrême droite. Cette idée, qui vise à privilégier les nationaux dans l’accès aux aides sociales, a divisé le parti. Certains de ses cadres ont tenté de nuancer cette position en évoquant une «priorité résidentielle» ou un «ancrage», mais le message envoyé à Rabat et à l’opinion publique reste ambigu.

Cette évolution illustre la difficulté pour le PP de concilier son discours oppositionnel et les réalités d’une gouvernance future. Vox, en imposant une partie de son agenda, a contraint le parti à se positionner dans un débat qui dépasse largement la question migratoire.

le pragmatisme sera-t-il de mise ?

Le principal paradoxe du PP réside dans cette opposition entre son discours actuel et les impératifs d’une gestion gouvernementale. Si Feijóo accédait à la présidence du gouvernement, il hériterait d’une relation bilatérale profondément transformée, d’une position espagnole sur le Sahara intégrée dans une nouvelle réalité internationale, et d’une coopération sécuritaire et économique devenue indispensable.

Deux scénarios s’offrent alors à lui : traduire en actes le discours tenu depuis l’opposition, au risque de fragiliser les relations avec le Maroc, ou reconnaître que la relation avec Rabat exige un pragmatisme que le PP n’a pas toujours assumé publiquement. Ce choix pourrait bien définir les premiers mois de son éventuel mandat.