3 juin 2026
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Le Burkina Faso révolutionne la lutte contre le cancer du col de l’utérus

Ouagadougou – Pour Awa, 48 ans et mère de six enfants résidant à Ipendo, dans le Centre-Ouest du Burkina Faso, l’annonce d’un dépistage gratuit du cancer du col de l’utérus a d’abord suscité de l’appréhension. « Comment vais-je me soigner si on me découvre cette maladie ? », se demandait-elle. Pourtant, son inquiétude a cédé la place à la détermination, poussée par l’amour de ses enfants. Comme elle, des milliers de femmes burkinabè ont enfin accès à un dépistage précoce, autrefois inaccessible en raison des barrières financières et géographiques.

Le cancer du col de l’utérus représente l’un des défis sanitaires les plus critiques pour les femmes au Burkina Faso. Avant l’adoption de la stratégie mondiale de l’OMS, moins de 8 % des femmes bénéficiaient d’un dépistage, avec un accès particulièrement limité en milieu rural. Les distances à parcourir, les coûts élevés et le manque de professionnels formés rendaient cette prévention quasi impossible pour beaucoup.

Des mesures audacieuses pour briser les barrières sanitaires

Face à cette situation, les autorités burkinabè ont mis en place des mesures radicales. Le professeur Nayi Zongo, oncologue, médecin de santé publique et coordinateur du Programme national de lutte contre le cancer (PNLC), explique : « Un décret a été adopté pour rendre gratuits le dépistage et le traitement des lésions précancéreuses. Des centres périphériques ont été équipés, et des cliniques mobiles ont été déployées pour rejoindre les femmes sur leur lieu de vie. »

Ces cliniques mobiles, véritables symboles d’équité en santé, se déplacent vers les villages, les champs, les marchés et même les cours familiales. Les femmes n’ont plus à interrompre leurs activités quotidiennes pour se soigner. « Le dépistage se rapproche des communautés, leur permettant de préserver leur santé sans sacrifier leurs obligations », précise le Pr Zongo.

Une stratégie globale pour une cause nationale

L’approche burkinabè combine plusieurs leviers : l’élimination des obstacles financiers grâce à la gratuité des soins, la proximité géographique via les cliniques mobiles, et une mobilisation communautaire intensive. Le pays a aussi lancé des campagnes de sensibilisation via la télévision, la radio et des événements comme « Octobre Rose », tout en créant une coalition nationale contre le cancer associant la société civile, les leaders locaux et les médias. Cette mobilisation a transformé la lutte contre cette maladie en une priorité nationale.

L’appui technique de l’OMS a joué un rôle clé dans la réussite de cette initiative. L’organisation a aidé à élaborer des directives nationales, formé des professionnels à la détection et au traitement précoces, et soutenu la sensibilisation des populations. « L’OMS nous a accompagnés pour renforcer nos capacités et garantir que chaque femme, où qu’elle se trouve, puisse accéder à ces soins vitaux », confie le Pr Zongo.

Des résultats concrets et une lueur d’espoir

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre octobre 2024 et septembre 2025, 468 sorties de cliniques mobiles ont été organisées, touchant près de 2 millions de femmes. Au total, 106 446 dépistages ont été réalisés, 715 lésions précancéreuses traitées et 113 diagnostics approfondis confirmés. Ces données ne sont pas de simples statistiques : elles incarnent des vies sauvées et des familles protégées.

Pour l’OMS, cette réussite est la preuve que l’engagement politique et des solutions adaptées peuvent surmonter des défis a priori insurmontables. Le Dr Seydou Coulibaly, Représentant de l’OMS au Burkina Faso, souligne : « Cette initiative africaine montre qu’en supprimant les obstacles financiers et géographiques, d’autres pays peuvent s’en inspirer. »

Des témoignages qui illustrent le changement

À Ipendo, Awa raconte son expérience : « Nous travaillons dans les champs, cultivons et vendons nos légumes au marché. Quand on nous a proposé le dépistage, j’ai eu peur. Mais après avoir écouté les témoignages d’autres femmes, j’ai osé me faire tester. Les agents nous ont expliqué chaque étape. Le résultat négatif m’a soulagée. Aujourd’hui, je recommande vivement le dépistage à toutes les femmes. Plus tôt on agit, plus le traitement est efficace. »

Pour de nombreuses femmes, ces cliniques mobiles constituent leur première rencontre avec l’information sur le cancer du col de l’utérus. Cette sensibilisation initiale est cruciale : elle permet de comprendre les risques et d’adopter des mesures préventives. Chaque visite d’une clinique mobile est un pas vers l’égalité en santé et la justice sociale.

Au-delà des soins, cette initiative redonne dignité et espoir aux familles burkinabè. Elle rappelle que la santé est un droit fondamental, bien au-delà d’un simple privilège. Et au Burkina Faso, ce droit devient une réalité tangible.