15 juillet 2026
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l’afrique doit produire ses propres médicaments pour sauver des vies

La santé de millions d’Africains reste aujourd’hui suspendue à des décisions prises hors du continent. Malgré des besoins croissants, moins de cinq pays africains disposent d’infrastructures capables d’exporter des médicaments. Résultat : l’Afrique importe 94 % de ses traitements, un chiffre qui pourrait atteindre 97 % d’ici 2030, selon les dernières projections. Cette dépendance structurelle ne se limite pas à un coût financier : elle expose les populations à des ruptures de stock chroniques et à l’inaccessibilité des soins essentiels.

une vulnérabilité sanitaire aux conséquences dramatiques

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 70 % des centres de santé publics sur le continent subissent au moins une rupture de stock par trimestre. Pendant la pandémie de Covid-19, les pénuries d’amoxicilline, d’insuline ou d’anesthésiques ont paralysé des systèmes de santé déjà fragiles. Les traitements contre le cancer ou les maladies chroniques restent hors de portée pour une grande partie de la population, faute d’alternatives locales. Pourtant, l’Afrique regorge de ressources et d’opportunités pour inverser cette tendance.

les atouts d’un continent en mouvement

Contrairement aux idées reçues, l’Afrique n’est pas démunie. Plusieurs leviers pourraient accélérer sa souveraineté pharmaceutique :

  • un marché en pleine expansion : le secteur pourrait peser plus de 70 milliards de dollars d’ici 2030, offrant un terreau fertile pour l’innovation et la production locale ;
  • une biodiversité médicinale exceptionnelle : plus de 5 400 plantes thérapeutiques sont déjà utilisées dans des protocoles officiels, certaines prometteuses pour des traitements innovants ;
  • une avancée réglementaire majeure : l’Agence africaine du médicament (AMA), ratifiée par 27 pays, harmonise désormais les normes et facilite les échanges ;
  • des initiatives locales ambitieuses : des pays comme le Burkina Faso, le Rwanda, l’Égypte, le Maroc, le Sénégal ou l’Afrique du Sud ont lancé des programmes de production locale, prouvant que la volonté politique existe.

construire une industrie pharmaceutique africaine : une question de survie

La tentation de copier les modèles occidentaux a souvent conduit à des échecs coûteux. Investir dans des équipements sans développer les compétences locales ni maîtriser la chaîne de valeur ne fait que renforcer la dépendance. Pour y remédier, une approche pragmatique s’impose :

1. Prioriser les segments stratégiques : commencer par les médicaments essentiels et les génériques, avant de viser les traitements innovants.

2. Investir dans la formation et la recherche : former des pharmacologues, des chimistes et des ingénieurs locaux est indispensable pour pérenniser l’industrie.

3. Sécuriser les matières premières : exploiter les ressources naturelles du continent pour réduire la dépendance aux importations.

4. Harmoniser les politiques publiques : coordonner les efforts entre pays via l’AMA pour créer un marché intégré et attractif.

Ces étapes, combinées à une vision à long terme, pourraient permettre à l’Afrique de réduire sa dépendance de 50 % d’ici 2040 et d’atteindre une autonomie sanitaire d’ici 2045.

Notre santé ne peut plus dépendre des aléas géopolitiques ou des décisions de laboratoires étrangers. Produire localement, c’est garantir l’accès aux soins pour tous, aujourd’hui et demain.

Dr Arnaud Kaboré

Pharmacien et ingénieur, spécialiste des enjeux industriels de la santé

usine pharmaceutique africaine