La République démocratique du Congo alerte l’ONU sur l’exploitation illégale de ses minerais par le Rwanda
Lors d’une réunion de haut niveau organisée par les Nations unies à New York, la République démocratique du Congo a tiré la sonnette d’alarme concernant l’exploitation illégale de ses ressources minières par des groupes armés soutenus par le Rwanda.
Cette intervention, menée par Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre d’État en charge des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, a mis en lumière les conséquences dévastatrices de cette exploitation sur la souveraineté et la stabilité de la RDC.
Des minerais stratégiques sous contrôle illégal
La RDC, riche en minerais critiques comme le coltan, est au cœur des enjeux de la transition énergétique mondiale. Pourtant, son autorité est régulièrement sapée par l’exploitation illicite de ces ressources. À Rubaya, un important bassin minier, le groupe armé M23 — soutenu par les autorités rwandaises selon les experts de l’ONU — contrôle une part significative de la production mondiale de coltan.
Selon les rapports des Nations unies, plus de 1 400 tonnes de coltan ont été introduites clandestinement au Rwanda en seulement un an, générant des revenus estimés à 800 000 dollars américains par mois pour le M23. Cette situation illustre l’ampleur des dégâts causés par l’absence de sanctions contre les Forces de défense rwandaises, malgré les preuves accablantes.
Une gouvernance des ressources au cœur des tensions
La cheffe de la diplomatie congolaise a rappelé que la question des minerais dépasse largement le cadre économique. Elle a souligné que l’exploitation illicite affaiblit l’autorité de l’État, érode sa souveraineté et menace son intégrité territoriale.
« Pour des pays comme le mien, il ne s’agit plus seulement d’une question de développement. Le cas de Rubaya est frappant : ses mines représentent environ 15 % de la demande mondiale de tantale. Pourtant, malgré les preuves documentées, les Forces de défense rwandaises ne sont toujours pas soumises aux sanctions des Nations unies. »
La RDC a réaffirmé son engagement à promouvoir une approche liant gouvernance des ressources naturelles, prévention des conflits et consolidation de la paix. Elle plaide pour un cadre plus cohérent au sein du Conseil de sécurité des Nations unies, où elle assure actuellement la présidence.
Vers une responsabilité partagée des acteurs miniers
La ministre a également insisté sur la nécessité de bâtir des partenariats plus équilibrés avec les pays producteurs de minerais critiques. Selon elle, la responsabilité doit s’étendre à l’ensemble de la chaîne de valeur : producteurs, négociants, transformateurs, institutions financières et pays consommateurs.
« Les partenariats doivent soutenir la valorisation locale, les infrastructures, le transfert de technologies, la recherche, le développement des compétences et l’accès au financement. La responsabilité ne saurait s’arrêter aux portes de la mine. »
La traçabilité des minerais doit permettre de lutter contre la fraude et le financement des groupes armés, sans pénaliser les exploitants artisanaux légitimes. Elle a souligné que cette approche s’inscrit dans les Objectifs de développement durable, notamment ceux liés à l’énergie propre, au travail décent et à l’action climatique.
La transition énergétique doit profiter à tous
La RDC a rappelé que la réussite de la transition énergétique mondiale ne doit pas se faire au détriment des pays producteurs. Elle a insisté sur l’importance d’évaluer cette transition non seulement à l’aune des performances industrielles, mais aussi de son impact sur les populations des pays producteurs.
« Le succès de la transition énergétique ne se mesurera pas uniquement au nombre de batteries ou de véhicules électriques produits. Il se mesurera aussi à la question de savoir si les pays, les travailleurs et les communautés dont les ressources rendent cette transition possible sont plus sûrs, plus souverains et plus prospères grâce à elle. »
Cette intervention intervient dans un contexte marqué par des accords diplomatiques entre la RDC et les États-Unis, ainsi qu’avec le Rwanda. Malgré ces efforts, la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC reste fragile, avec des affrontements persistants et des groupes armés contrôlant plusieurs localités.
Les négociations diplomatiques, notamment le processus de Doha sous l’égide du Qatar, peinent à produire des résultats durables. Ce décalage entre les avancées diplomatiques annoncées et la réalité sur le terrain relance le débat sur l’efficacité des mécanismes internationaux de régulation.
La RDC continue de plaider pour une approche globale, associant gouvernance des ressources, prévention des conflits et responsabilité partagée des acteurs miniers, afin de garantir une transition énergétique juste et durable.