2 septembre 2026
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Moody’s Ratings a récemment annoncé un nouvel abaissement de la note du Sénégal, la fixant désormais à Caa2, contre Caa1 précédemment, avec une perspective qui demeure négative. Cette dégradation affecte les notes d’émetteurs à long terme, tant en devises étrangères qu’en monnaie locale, ainsi que les notes senior non garanties en devises étrangères. La notation à court terme, elle, est confirmée à « Not Prime ». Cette décision intervient alors qu’une mission du Fonds Monétaire International (FMI) est présente à Dakar, du 19 août au 1er septembre, pour négocier les contours d’un nouveau programme de soutien. Ce dossier était en suspens depuis l’échec du précédent programme à décaissement, acté début novembre 2025, suite au refus du gouvernement d’envisager une restructuration de sa dette.

Une note « très spéculative » et l’impact sur les marchés

Concrètement, la note Caa2 positionne le Sénégal dans la catégorie des investissements jugés « très spéculatifs ». Une analyse d’Oxford Economics, datée du 4 juin 2026, avait déjà souligné la perception des marchés : les spreads souverains sénégalais avaient atteint des niveaux comparables à ceux du Venezuela et du Liban, deux nations historiquement associées à un risque élevé de défaut de paiement. Cette détérioration de la perception ne se limite pas à une simple question de terminologie. Entre septembre et décembre 2025, les Eurobonds sénégalais ont vu leur valeur chuter d’environ 20 %. Simultanément, les spreads de rendement sur les marchés internationaux ont doublé, passant d’une moyenne annuelle de 800 points de base à 1 500 points de base. L’Eurobond à échéance 2048 s’échangeait alors à seulement 51 centimes pour un euro, représentant une décote de 49 %, tandis que celui à échéance 2028, dont l’amortissement a débuté en mars 2026, affichait une décote supérieure à 30 %.

La pression croissante sur les finances publiques du Sénégal

Sur le plan des indicateurs techniques, Moody’s détaille la pression considérable qui pèse sur les finances publiques du pays. Le Sénégal doit en effet couvrir des besoins de financement bruts équivalant à environ 25 % de son Produit Intérieur Brut (PIB). Le remboursement annuel du seul capital de la dette représente près de 18 % du PIB, et les paiements d’intérêts ont grimpé de 16,1 % à 23,7 % des revenus de l’État entre 2023 et 2026. La dette publique totale, incluant celle des entreprises publiques, est estimée à près de 108 % du PIB. Ce chiffre est à mettre en perspective avec l’estimation du FMI, qui prévoyait une dette atteignant 132 % du PIB fin 2024, suite à la révélation d’une partie de « dette cachée » sous l’administration précédente. Un autre signe concret de cette tension s’est manifesté lors des adjudications régionales de l’UEMOA en décembre 2025 : sur 95 milliards de FCFA proposés, seuls 35 milliards ont été levés, et le rendement moyen pondéré a bondi de 158 points de base en un seul mois, indiquant que même le marché régional, traditionnellement une source de sécurité, montre des signes de saturation.

Conséquences concrètes et tensions institutionnelles

Les échéances de remboursement illustrent les défis quotidiens auxquels l’État est confronté. En mars 2026, Dakar a dû mobiliser près de 485 millions de dollars, dont environ 394 millions de principal, pour honorer une tranche d’un Eurobond de 2,2 milliards de dollars émis en 2018. Cette opération a nécessité le recours aux banques locales, faute d’un accès aisé au marché international. Parallèlement, le FMI avait suspendu un programme de prêt de 1,8 milliard de dollars après un désaccord sur la restructuration de la dette. C’est précisément ce type d’échéances répétées, avec d’autres Eurobonds arrivant à maturité en 2026 – une année identifiée par la Banque mondiale comme un pic de remboursements pour l’Afrique subsaharienne – que la nouvelle note Caa2 rend plus coûteuses à refinancer.

Moody’s a également abaissé les plafonds pays du Sénégal, de Ba3 à B1 pour la monnaie locale et de B1 à B2 pour les devises étrangères. L’agence relie explicitement sa décision aux tensions institutionnelles internes. Le limogeage de l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko et son élection à la présidence de l’Assemblée nationale ont exacerbé le rapport de force entre l’exécutif et le législatif. Selon Moody’s, cela accroît le risque de retards dans la mise en œuvre des mesures budgétaires essentielles.

Un soutien régional face aux défis

Malgré ce tableau préoccupant, un facteur atténue la situation. L’appartenance du Sénégal à l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) demeure, selon Moody’s, un soutien important. L’arrimage du franc CFA à l’euro et le niveau des réserves de change régionales, qui s’élevaient à près de 38 milliards de dollars fin mai 2026, contribuent à limiter le risque d’une crise de change ou de balance des paiements. Cependant, la pression budgétaire sur le Sénégal, elle, reste entière.

Le Sénégal face à une série de dégradations

Cette nouvelle dégradation marque la troisième pour le Sénégal en un peu plus d’un an. Après un premier abaissement de B3 à Caa1 en octobre 2025, contesté à l’époque par le ministère des Finances qui jugeait les hypothèses de l’agence « spéculatives, subjectives et biaisées », et une dégradation similaire par S&P plus tôt cette année, le pays aborde la phase finale des discussions avec le FMI dans une zone de risque nettement plus prononcée qu’il y a douze mois.