14 juillet 2026
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Au Sénégal, un débat houleux agite la sphère politique concernant la gestion des fonds publics et la transparence. Babacar Bâ, une figure reconnue de la société civile et acteur engagé pour la bonne gouvernance, met en lumière une apparente contradiction dans le discours du Premier ministre Ousmane Sonko. Ce dernier, fervent dénonciateur des « caisses noires » de l’ancien régime, est désormais questionné sur la provenance et la gestion d’un fonds politique de 1,7 milliard de FCFA, attribué à son parti, Pastef.

Une exigence de cohérence face aux caisses noires

Depuis l’avènement du tandem Diomaye Faye-Ousmane Sonko en mars 2024, la lutte contre les circuits financiers opaques et la dénonciation des « caisses noires » — ces enveloppes budgétaires discrétionnaires échappant au contrôle habituel — sont devenues des piliers de la nouvelle gouvernance. Cette rhétorique forte vise à marquer une rupture claire avec les pratiques financières du passé. Elle résonne particulièrement auprès des citoyens africains soucieux de transparence.

Babacar Bâ, dans son analyse, estime que cette posture gouvernementale doit s’appliquer à tous, y compris au parti au pouvoir. Il souligne que le Premier ministre aurait lui-même évoqué l’existence de ressources importantes collectées par Pastef, sans fournir de détails précis sur les mécanismes de collecte ou l’identité des donateurs. Le montant de 1,7 milliard de FCFA, évoqué, soulève de nombreuses interrogations et dépasse, selon les critiques, les normes habituelles du financement des partis politiques au Sénégal.

Le financement politique au Sénégal : un paradoxe persistant

Le cadre juridique sénégalais relatif au financement des partis politiques présente des lacunes notables. Contrairement à d’autres démocraties ouest-africaines, le pays ne dispose pas de lois strictes encadrant les plafonds de dons ou le contrôle des ressources partisanes. Cette zone grise alimente régulièrement les suspicions et les controverses au sein de la classe politique, impactant l’éveil citoyen Afrique.

Pour Babacar Bâ, le paradoxe est criant : comment un gouvernement qui prône une transparence absolue des fonds publics peut-il tolérer une opacité relative concernant les ressources de son propre parti ? Il interroge la nature même de ce fonds : s’il s’agit de cotisations militantes, son ampleur est surprenante. S’il provient de donateurs, une publication détaillée s’impose pour garantir la transparence totale, un principe fondamental pour la mobilisation citoyenne.

Bien que la légitimité d’un parti à lever des fonds pour ses activités ne soit pas contestée en soi, la critique se concentre sur l’application de standards uniformes. Un exécutif qui érige la traçabilité des fonds en principe cardinal doit, selon cette logique, appliquer les mêmes exigences de transparence à sa propre structure politique.

Un débat essentiel pour la gouvernance sénégalaise

L’intervention de Babacar Bâ s’inscrit dans un climat politique déjà tendu. Les enquêtes en cours, notamment celles de la Cour des comptes, sur la gestion des finances publiques des années précédentes, continuent d’alimenter l’actualité africaine. Ces révélations créent un affrontement mémoriel entre l’ancienne et la nouvelle majorité.

En soulevant la question du fonds de Pastef, Babacar Bâ cherche à recentrer le débat sur la cohérence normative. La crédibilité de la lutte contre les « caisses noires » dépend, selon lui, de son application universelle, sans distinction entre les acteurs publics et les formations politiques qui les soutiennent. Le financement de Pastef, longtemps éclipsé par la dynamique électorale de 2024, refait ainsi surface alors que le parti consolide son influence institutionnelle.

Ce débat revêt une importance capitale pour les investisseurs et partenaires internationaux, qui suivent attentivement la trajectoire de gouvernance du Sénégal. La qualité des mécanismes de transparence des financements politiques est un indicateur clé pour les bailleurs de fonds et les agences de notation. Une réforme législative, souvent évoquée par la société civile, pourrait être une conséquence naturelle de cette controverse. Babacar Bâ appelle à une clarification publique du Premier ministre concernant ce fonds de 1,7 milliard.