14 juillet 2026
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Les allégations ont pris forme à Bujumbura, où le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a publiquement déclaré que l’Ukraine figurait parmi les soutiens extérieurs de la rébellion de l’AFC/M23. Ce mouvement armé contrôle actuellement de vastes territoires dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, situées dans l’est de la République Démocratique du Congo.

La réaction de Kiev fut immédiate et sans équivoque, tant sur le fond que sur la forme. Pour la diplomatie ukrainienne, ces affirmations représentent une opération de manipulation visant à semer la confusion dans les relations diplomatiques au sein de la région des Grands Lacs. « Les déclarations de Sergueï Lavrov, prétendant un soutien ukrainien au M23 dans l’est de la République démocratique du Congo, relèvent de la désinformation pure et simple du Kremlin et ne reposent sur aucune preuve concrète. Nous réfutons et rejetons catégoriquement ces accusations », a précisé un représentant officiel, fermant ainsi la porte à toute interprétation ou spéculation.

Moscou accusé de projeter ses propres méthodes

Kiev ne se contente pas de démentir. Le ministère ukrainien a renvoyé l’accusation à Moscou, soulignant que l’Ukraine se positionne comme un acteur extérieur au continent africain, tout en pointant du doigt l’implication présumée de la Russie.

L’Ukraine s’abstient d’intervenir dans les conflits africains. La Russie, en revanche, le fait en armant des groupes en violation des sanctions internationales, en nourrissant l’instabilité et en enrôlant des citoyens d’États africains pour combattre dans son propre conflit. Le contraste est flagrant.

Selon Heorhii Tykhyi, cette tactique n’est pas inédite. Il la perçoit comme une manœuvre de diversion stratégique, conçue pour détourner l’attention des véritables enjeux en avançant des accusations qu’il estime sans fondement.

Il n’est pas surprenant que Moscou accuse d’autres de faire ce qu’elle pratique elle-même. L’objectif russe est limpide : saper les initiatives de médiation des États-Unis dans la région des Grands Lacs et détourner le regard de ses propres agissements destructeurs qui entravent le processus de paix. L’Ukraine établit ainsi un lien direct entre le dossier congolais et la guerre en Europe.

Cette joute verbale survient tandis que la crise dans l’est de la République démocratique du Congo continue de capter l’attention des puissances mondiales. Les accusations mutuelles entre les acteurs internationaux illustrent la dimension géopolitique grandissante du conflit, où chaque camp s’efforce d’imposer sa propre narration concernant les responsabilités et les influences extérieures. En réfutant les allégations russes, Kiev cherche également à préserver sa réputation auprès de ses partenaires africains et mondiaux, en insistant sur son non-engagement dans les affrontements armés en RDC. Moscou, quant à elle, maintient sa ligne critique envers l’Ukraine, dans un contexte de rivalité diplomatique qui s’étend bien au-delà du conflit russo-ukrainien.

À l’ONU, Kinshasa défend la voie diplomatique pour l’Ukraine

Malgré cette guerre des récits, la RDC a choisi d’exprimer une position distincte. En tant que présidente du Conseil de sécurité pour le mois en cours, Kinshasa a manifesté sa profonde préoccupation face à la détérioration de la situation en Ukraine. Lors de la session du jeudi 9 juillet, présidée par Zénon Mukongo Ngay, la RDC a mis en lumière la persistance des hostilités et leurs lourdes conséquences humanitaires.

Le gouvernement congolais a rappelé avec insistance qu’aucune solution militaire ne pouvait résoudre le conflit. Dans une région des Grands Lacs elle-même durement touchée par la guerre, la RDC exhorte toutes les parties à respecter scrupuleusement le droit international, à garantir la protection des populations civiles et à privilégier la désescalade, le dialogue constructif, la médiation et la voie diplomatique.

La RDC a également renouvelé son soutien indéfectible à toute initiative crédible visant une paix juste et durable, en pleine conformité avec les principes de la Charte des Nations Unies.

Des processus de paix à la peine

Ce face-à-face diplomatique s’inscrit dans un cadre régional déjà précaire. Un an après sa signature au niveau ministériel, l’accord de Washington n’a pas produit les résultats escomptés. Kinshasa et Kigali continuent d’en offrir des interprétations divergentes, ce qui entrave considérablement son application.

Pendant ce temps, la situation humanitaire et sécuritaire dans l’est de la RDC ne cesse de se dégrader. Les réunions d’évaluation se succèdent sans parvenir à enrayer la violence persistante, particulièrement dans les zones sous le contrôle de l’AFC/M23.