Le secteur minier gabonais franchit une étape historique avec la signature d’un accord majeur entre le gouvernement de Libreville et le groupe français Eramet. Ce protocole, formalisé lors d’une cérémonie à Paris, acte un engagement concret : porter à 700 000 tonnes la capacité de transformation locale du manganèse gabonais d’ici 2031. Une avancée saluée par le président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, aux côtés des dirigeants d’Eramet, dont la filiale Comilog opère dans le pays depuis plus de six décennies.
Un tournant industriel après des années de revendications
Les autorités gabonaises, depuis l’arrivée au pouvoir des militaires en août 2023, ont multiplié les appels à une valorisation accrue des ressources naturelles. Deuxième producteur mondial de manganèse, le Gabon exporte aujourd’hui l’essentiel de sa production sous forme brute, laissant échapper une part substantielle de la valeur ajoutée. Le document signé à Paris marque donc un changement de cap, bien qu’il s’agisse pour l’instant d’un cadre non contraignant. Pour Eramet, dont les activités à Moanda (Haut-Ogooué) représentent une part majeure de ses résultats, cet engagement s’inscrit dans un dialogue enfin jugé satisfaisant par Libreville.
Concrètement, la montée en puissance de la transformation passera par l’extension des infrastructures métallurgiques existantes et la construction de nouvelles unités industrielles. Un défi logistique et financier de taille, qui exige une planification rigoureuse pour atteindre l’objectif fixé.
La souveraineté minière au cœur de la stratégie gabonaise
Le gouvernement gabonais place la reconquête de la valeur ajoutée minière au cœur de sa politique économique. Le manganèse, minerai stratégique pour la sidérurgie et de plus en plus recherché pour les batteries lithium-ion, occupe une place centrale dans cette vision. Transformer sur place permettrait au pays de générer des revenus fiscaux supplémentaires, de créer des emplois qualifiés et de se positionner sur des segments à plus forte valeur ajoutée.
L’échéance de 2031, fixée pour concrétiser cet engagement, offre à Eramet une marge de manœuvre pour échelonner ses investissements. Cependant, elle impose aussi une pression politique claire : la Transition souhaite des résultats tangibles avant la fin de la décennie. La traduction du protocole en engagements financiers concrets, études de faisabilité et décisions d’investissement reste désormais la priorité absolue. Aucun montant global n’a encore été dévoilé par les parties.
Cette signature s’inscrit dans un contexte diplomatique favorable entre Libreville et Paris. Reçu à l’Élysée, Brice Clotaire Oligui Nguema a également profité de son déplacement en France pour renforcer les relations bilatérales, un an après la normalisation progressive des liens post-coup d’État. La présence du chef de l’État gabonais à la cérémonie confère au protocole une dimension politique bien au-delà de l’industrie minière.
Un modèle pour repenser l’exploitation des ressources gabonaises
Au-delà du cas Eramet, cet accord pourrait servir de référence pour d’autres négociations avec les opérateurs miniers présents sur le territoire. Le Gabon pourrait ainsi s’appuyer sur ce précédent pour renégocier les termes d’exploitation d’autres ressources, comme le fer ou les terres rares. La capacité de l’exécutif à respecter le calendrier de 2031 deviendra un indicateur clé de la crédibilité de sa doctrine de souveraineté minière.
Pour Eramet, cet engagement représente une opportunité de sécuriser ses permis d’exploitation et de garantir une visibilité à long terme sur ses activités gabonaises. Le groupe, confronté à des turbulences sur ses actifs en Argentine et en Indonésie, a tout intérêt à stabiliser sa présence en Afrique. La transformation locale du manganèse, si elle se concrétise, pourrait aussi améliorer l’empreinte carbone de ses activités, un critère de plus en plus scruté par les investisseurs européens soucieux des critères ESG.
Un autre défi majeur se pose : l’énergie. Transformer 700 000 tonnes de minerai nécessite des volumes électriques colossaux, dans un pays où les infrastructures énergétiques restent insuffisantes. L’équation industrielle devra donc s’articuler avec une stratégie énergétique cohérente, sous peine de voir le jalon de 2031 rester lettre morte.