2 mai 2026
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Poser le pied à Dakar pour la première fois s’accompagne souvent d’une certaine appréhension, surtout quand l’ombre de la CAN plane au-dessus de chaque discussion. Ce tournoi, et plus précisément une finale en particulier, a transformé ce qui était autrefois une relation fraternelle en un sujet sensible, voire conflictuel.

entre fraternité affichée et tensions réelles

Amadou, un chauffeur de taxi d’une cinquantaine d’années au sourire chaleureux, ne cache pas sa connaissance de mes origines marocaines. Après un échange anodin, il conclut en soupirant : « Malgré tout, le Sénégal et le Maroc restent frères… ». Cette phrase, censée apaiser les tensions, semble au contraire les révéler. Un simple match de football peut-il donc fissurer une amitié ancrée dans l’histoire et la culture ? Ou n’est-ce qu’un prétexte, la goutte d’eau qui fait déborder un vase déjà fragilisé ?

quand le sport réveille les frustrations

À travers les ruelles animées du Plateau, au cœur de Dakar, les discussions glissent immanquablement vers la CAN. Un commerçant local, après avoir fixé un prix initial de 13 000 XOF le mètre de tissu, refuse toute négociation. En invoquant notre fraternité marocaine ou un « assalamou alaykoum » bien placé, on s’attend généralement à une réduction. Pourtant, ici, la réaction est immédiate et sans appel : « Ah, si c’est le Maroc, alors ce sera 20 000 XOF ! ». Un rejet qui résonne comme une gifle, transformant l’échange en une fin de non-recevoir.

« Il faut espérer que ces tensions, aussi profondes soient-elles, s’estomperont avec le temps, au Sénégal comme au Maroc. »

Cette expérience illustre une réalité plus large : certains Sénégalais expriment désormais leur mécontentement en boycottant les commerces tenus par des Marocains. Les propos, bien que tempérés par des formules de politesse, laissent transparaître une colère et une incompréhension persistantes. « Au Sénégal, nous aimons beaucoup les Marocains… », entend-on souvent, mais les points de suspension en disent long sur ce qui reste non-dit : la frustration, la blessure, et une incompréhension mutuelle.

les blessures humaines, plus lentes à guérir que les accords politiques

Les gouvernements et les instances dirigeantes trouveront sans doute un terrain d’entente, comme le veut la raison. Mais les cœurs, eux, cicatrisent différemment, et bien plus lentement. Ce séjour à Dakar, bien que bref, a été marqué par ces tensions, sans pour autant en être gâché. La chaleur humaine des Dakarois, leur joie de vivre et leur amitié sincère ont su rappeler que, malgré tout, les liens entre nos deux peuples restent forts.