3 juin 2026
c99991e2-c67f-4e54-8790-c482acf3bf8c
droits de l’hommeBurkina Faso

Espace civique au Burkina Faso : des voix étouffées sous les régimes militaires

Des partisans de l'AES brandissent un drapeau du Burkina Faso fait maison (archive de janvier 2024)

La semaine dernière au Burkina Faso, l’arrestation de l’imam Mohamed Ishaq Kindo et la suspension de l’Union générale des étudiants du Burkina Faso (UGEB) ont marqué un tournant dans la restriction de l’espace civique. Ces événements, survenus sous l’autorité d’un régime militaire, révèlent une stratégie de plus en plus visible de répression des libertés fondamentales.

L’imam Kindo, une figure religieuse sous surveillance

À l’approche de la Tabaski, des témoins ont rapporté l’interpellation de l’imam Mohamed Ishaq Kindo par des individus encagoulés, identifiés comme des agents des forces de sécurité. Cette arrestation, loin d’être anodine, touche une personnalité respectée au sein de la communauté musulmane burkinabè. Comme le souligne un observateur local :

« L’imam Kindo n’était pas une figure marginale. Il a même été, à ses débuts, un soutien critique du capitaine Ibrahim Traoré, n’hésitant pas à exprimer ses réserves sur les décisions publiques. »

Son opposition à un projet de loi encadrant les pratiques religieuses, notamment les prières en public, aurait motivé son arrestation. Une décision qui s’inscrit dans un contexte de durcissement des restrictions imposées aux institutions religieuses.

Une répression qui s’étend aux étudiants

Autre symbole de cette restriction croissante : la suspension pour trois mois renouvelables de l’UGEB, principale centrale syndicale étudiante du pays. Son président, Bazo Wilfried, ainsi que plusieurs membres, ont été interpellés. Les accusations portées contre eux ? « Apologie du terrorisme » et « démoralisation des forces de sécurité », après avoir critiqué la situation sécuritaire et évoqué une « guerre civile » ainsi qu’une « incapacité manifeste » des autorités à rétablir l’ordre.

Pour un responsable d’une organisation régionale, cette stratégie n’est pas nouvelle :

« Accuser des étudiants ou des civils désarmés d’apologie du terrorisme relève du ridicule. Pourtant, c’est une pratique courante dans les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Dès qu’une contestation émerge, les voix discordantes sont immédiatement muselées sous des accusations fallacieuses. »

Une tendance régionale inquiétante

Au Burkina Faso, comme au Mali et au Niger, les défenseurs des droits humains observent une érosion progressive des libertés publiques. Dissolutions d’organisations, pressions judiciaires et limitations de la liberté d’expression se multiplient, brouillant les frontières entre critique politique, expression syndicale et infraction pénale.

La société civile résiste malgré tout

Malgré les risques – arrestations, enlèvements et violences –, des voix continuent de s’élever, souvent depuis l’étranger. Un militant sahélien analyse la situation avec lucidité :

« Les régimes militaires ont tenté de nous faire croire en des promesses de souveraineté et de lutte contre l’impérialisme. Mais aujourd’hui, les Sahéliens réalisent que ces engagements étaient vides. Les populations se détournent chaque jour un peu plus de ces putschistes. »

Les observateurs s’accordent sur un point : la répression excessive pourrait bien être le talon d’Achille de ces régimes. Comme le souligne un journaliste burkinabè en exil :

« Une force qui s’appuie uniquement sur la peur est une force condamnée à s’effondrer sous le poids de ses propres excès. Et c’est précisément ce qui attend le régime d’Ibrahim Traoré. »

Un appel à la mobilisation internationale

Les organisations de défense des droits humains exhortent la communauté internationale à ne pas rester silencieuse. Elles rappellent que toute ambiguïté ne fait que légitimer les dérives autoritaires. La recherche d’un équilibre entre stabilité et respect des libertés fondamentales reste plus que jamais un enjeu crucial pour le Burkina Faso et l’ensemble du Sahel.

En conclusion, l’espace civique au Burkina Faso, comme dans les pays voisins, fait face à une pression sans précédent. Entre arrestations arbitraires, suspensions d’organisations et restrictions des libertés, la société civile tente de résister, mais son avenir dépendra largement de la capacité de la communauté internationale à agir.