Contexte politique et restrictions démocratiques
Au Tchad, l’année 2025 a été marquée par une centralisation accrue du pouvoir sous la présidence de Mahamat Idriss Déby. Après sa réélection contestée en 2024, des modifications constitutionnelles ont été adoptées pour supprimer la limite des mandats présidentiels et porter leur durée à sept ans. Ces changements permettent au chef de l’État de se maintenir indéfiniment, à condition d’organiser un scrutin tous les sept ans.
L’opposition politique, déjà affaiblie, a subi une répression sans précédent. Succès Masra, figure majeure de l’opposition et dirigeant du parti Les Transformateurs, a été arrêté puis condamné à vingt ans de prison pour des accusations liées à des violences intercommunautaires. Les journalistes, activistes et membres de son parti ont également été victimes d’intimidations et d’arrestations arbitraires.
Une loi d’amnistie, couvrant les abus commis lors des manifestations de 2022, a été adoptée. Elle empêche toute discussion sur la justice transitionnelle et enterre les espoirs de réparation pour les victimes.
Violences intercommunautaires et crise humanitaire
Les tensions entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires se sont intensifiées en 2025, notamment dans les régions du Sud et de l’Est. Ces conflits, exacerbés par la pression démographique et les changements climatiques, ont causé des dizaines de morts.
En mai, à Mandakao (Logone-Occidental), des affrontements liés à des litiges fonciers ont fait 41 morts et six blessés. En juin, à Orégomel (Mayo-Kebbi Ouest), des attaques à la machette ont causé la mort de 17 personnes, dont des femmes et des enfants. Dans l’Ouaddaï, une vingtaine de morts et seize blessés ont été recensés en juin.
Ces violences s’ajoutent aux défis humanitaires posés par l’afflux de réfugiés en provenance du Soudan et les inondations de 2024-2025, qui ont aggravé l’insécurité alimentaire dans le pays.
Affaiblissement de l’opposition et instrumentalisation de la justice
L’arrestation de Succès Masra en mai 2025, accusé d’incitation à la haine et de complicité de meurtre, a marqué un tournant dans la répression de l’opposition. Son procès, jugé expéditif, s’est soldé par une condamnation à vingt ans de prison et une amende colossale. Ses coaccusés ont écopé des mêmes peines. Cette décision, contraire à l’accord de Kinshasa de 2023, a neutralisé toute velléité de contestation politique.
Par ailleurs, les autorités tchadiennes ont retiré la nationalité à deux personnalités critiques : Makaila Nguebla, blogueur et ancien conseiller en droits humains, et Charfadine Galmaye Saleh, activiste et journaliste. Tous deux sont désormais en exil.
La liberté de la presse a également été bafouée : deux journalistes, Olivier Monodji et Mahamat Saleh Alhissein, ont été détenus pendant quatre mois sans procès pour des accusations d’espionnage et de liens présumés avec le groupe Wagner. Leur libération en juillet reste un rare soulagement dans un climat de répression généralisée.
Oubli des victimes et impunité
Malgré les appels à la justice, aucune enquête n’a été ouverte sur les tirs de célébration mortels qui ont suivi l’élection de Mahamat Idriss Déby en 2024. Au moins 11 personnes avaient été tuées, dont des enfants, par des balles perdues ou des roquettes tirées par les forces de sécurité. Aucune réparation n’a été accordée aux familles des victimes.
La mort de Yaya Dillo, dirigeant de l’opposition tué lors d’un assaut des forces de sécurité en 2024, n’a pas non plus fait l’objet d’une enquête en 2025. Plusieurs de ses proches, détenus arbitrairement, ont été libérés sans explication, tandis que d’autres ont été acquittés.
Droits LGBTQ+ : une législation répressive
Le Code pénal tchadien de 2017 criminalise les relations homosexuelles via l’article 354. Les personnes condamnées risquent jusqu’à deux ans de prison et des amendes pouvant atteindre 500 000 francs CFA. Cette disposition renforce la discrimination systémique envers les minorités sexuelles dans le pays.