Le Mali traverse une période de turbulences extrêmes alors que ses partenaires traditionnels et régionaux semblent marquer le pas. L’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, peine à concrétiser sa promesse de sécurité collective. Parallèlement, la CEDEAO tente de naviguer dans un vide stratégique persistant. Bakary Sambe, expert au Timbuktu Institute, analyse ce basculement qui redéfinit les rapports de force en Afrique de l’Ouest.
Un climat de résilience malgré les assauts à Bamako
Suite aux offensives coordonnées du 25 avril, notamment à Kati, le paysage politique malien a été bouleversé par la disparition du ministre de la Défense, Sadio Camara. C’est désormais le général Assimi Goïta qui assume ces fonctions. Si la situation est critique, l’effondrement du régime n’est pas à l’ordre du jour. La population de Bamako fait preuve d’une résilience habituelle face à la multiplication des communiqués contradictoires entre les forces armées, le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le JNIM.
L’AES face à ses limites opérationnelles
Le Burkina Faso, dirigé par Ibrahim Traoré, a dénoncé une machination, tout en restant focalisé sur ses propres défis sécuritaires internes. Les attaques récurrentes sur le sol burkinabè limitent la capacité d’intervention de Ouagadougou en soutien à son voisin malien. Bien que la Charte du Liptako-Gourma prévoie une assistance mutuelle similaire à celle de l’OTAN, la réalité du terrain freine cette ambition. Au Niger, les autorités ont même appelé à une journée de prière nationale, illustrant une certaine forme de désarroi face à la menace terroriste.
La diplomatie régionale tente un retour
Malgré le retrait de Bamako en janvier 2025, la CEDEAO cherche à rétablir un dialogue. Lors d’un sommet à Lomé, au Togo, des représentants de l’AES, de l’Union africaine, de la France et de la Russie se sont retrouvés. L’objectif pour l’organisation régionale est de rompre avec son image passée et de proposer une coopération basée sur le respect de la souveraineté. L’idée d’une force antiterroriste de 1 650 hommes d’ici 2026 reste en discussion, soulignant l’importance de ne pas isoler le Sahel central du reste de l’Afrique de l’Ouest.
La déroute symbolique de la présence russe
L’influence de Moscou subit un revers majeur. L’échec n’est pas seulement tactique mais aussi symbolique : le mythe d’une Russie garante infaillible de la stabilité des régimes s’effrite. Le retrait des troupes d’Africa Corps de Kidal et la mort de Sadio Camara, figure de proue du rapprochement avec le Kremlin, marquent un tournant. Ce vide pourrait profiter aux États-Unis, qui manifestent un intérêt croissant pour la région, y compris au Niger, motivés par des enjeux géostratégiques et l’accès aux ressources.
Inquiétudes dans le golfe de Guinée
Le Bénin, le Togo, le Ghana et la Côte d’Ivoire observent avec anxiété l’évolution de la situation au Burkina Faso. Un embrasement malien impacterait directement le Sénégal et la Mauritanie. Toutefois, un effet domino immédiat au Burkina Faso reste incertain, car les dynamiques locales diffèrent. Au Mali, paradoxalement, la menace au Nord renforce l’unité nationale derrière l’armée, étouffant les contestations internes au nom du patriotisme.