Dans un entretien diffusé sur la télévision nationale nigérienne, le général Mohamed Toumba, ministre de l’Intérieur et figure influente de la junte, a partagé son analyse de la situation sécuritaire au Niger. Face à l’escalade des violences jihadistes, notamment dans la région du Tillabéry, il a réitéré les accusations récurrentes contre la France.
Mais c’est surtout les relations tendues entre Niamey et Cotonou qui ont retenu l’attention. Le général a pointé du doigt l’administration sortante du Bénin et son successeur, Romuald Wadagni, dont l’investiture est prévue le 24 mai. Une transition politique qui survient dans un contexte déjà marqué par des frictions entre les deux pays.
« Patrice Talon n’était qu’un instrument de la France. Il a permis l’installation de bases françaises sur son territoire, servant de plateforme pour des actions hostiles envers nos voisins », a-t-il déclaré. Cette affirmation s’inscrit dans une série d’accusations répétées par la junte nigérienne à l’encontre de Paris et de ses alliés régionaux.
Patrice Talon est parti, mais Talon n’était pas le véritable problème. Le véritable problème, c’est Macron.
Le haut responsable nigérien a exigé des « gages de bonne volonté » de la part de Romuald Wadagni. Il demande au futur président béninois de clarifier publiquement sa position : le Bénin doit affirmer ne plus soutenir les intérêts français sur son sol, et surtout, cesser de faciliter toute présence militaire française susceptible de menacer les pays voisins.
Contexte des tensions
Les relations entre le Niger et le Bénin se sont fortement dégradées depuis le coup d’État du général Abdourahamane Tiani en juillet 2023. Les accusations de soutien à des groupes armés, portées par Niamey contre plusieurs pays dont le Bénin, ont exacerbé les tensions.
En janvier 2024, après une attaque contre l’aéroport de Niamey et la base militaire où sont stationnés des soldats russes de l’Africa Corps, le général Tiani avait lancé un avertissement sans équivoque. « Nous avons assez écouté les aboiements de Macron, Talon et Ouattara. Préparez-vous à entendre rugir », avait-il menacé, imputant l’attaque à ces derniers, avec le soutien de l’État islamique.
Romuald Wadagni et l’espoir d’un apaisement
Élu avec plus de 94 % des voix lors de l’élection présidentielle du 12 avril, Romuald Wadagni a multiplié les déclarations en faveur d’un rapprochement avec le Niger. Il a notamment affirmé sa conviction que « les pays de la région doivent travailler ensemble pour relever les défis communs : sécurité, pauvreté, chômage des jeunes et prospérité partagée ».
Il a aussi évoqué une amélioration des échanges entre les états-majors du Bénin, du Niger et du Burkina Faso, sans pour autant nier les difficultés actuelles. « La coopération sécuritaire n’est pas encore au niveau souhaité, mais les discussions se poursuivent et les choses devraient s’améliorer », avait-il précisé. Des propos qui contrastent avec le scepticisme affiché par Niamey.
Alors que l’investiture de Romuald Wadagni approche, ses déclarations optimistes peinent à convaincre la junte nigérienne. Le général Mohamed Toumba rappelle que les attentes sont fortes : le nouveau président béninois devra prouver par des actes concrets que le Bénin tourne définitivement la page de l’ingérence française et adopte une posture de neutralité régionale.