14 mai 2026
9a910459-5a06-4c87-b266-995e9dab4ebd

crise au Mali : l’offensive rebelle qui pourrait tout changer

Une nouvelle phase de tensions secoue le Mali depuis l’attaque coordonnée lancée le 25 avril 2026 par le JNIM (branche sahélienne d’Al-Qaïda) et le Front de Libération de l’Azawad (FLA) contre les Forces Armées Maliennes (FAMa) et leurs alliés russes de l’Afrika Korps. Cette offensive, d’une ampleur inédite depuis 2012, a ébranlé la junte militaire d’Assimi Goïta, révélant les failles d’un pouvoir fragilisé par des mois de répression et de gestion contestée de la crise sécuritaire.

Le JNIM et le FLA ont ciblé cinq villes stratégiques : Bamako, Kidal, Gao, Sévaré et Mopti. Kidal est tombée aux mains des rebelles, tandis que Gao et Tombouctou, encerclées, pourraient suivre le même sort. À Bamako, l’attaque a visé des symboles du pouvoir, comme le quartier général des officiers à Kati ou l’aéroport international. Le bilan humain reste partiel, mais la junte a subi un choc politique : le ministre de la Défense, le général Sadio Camara, a été tué, et plusieurs responsables, dont le chef de l’Agence nationale de Sécurité d’État (Modibo Koné), ont été blessés. Le président Assimi Goïta, évacué vers l’ambassade de Turquie avant de réapparaître aux côtés de responsables russes, incarne désormais la vulnérabilité d’un régime sous pression.

Offensive rebelle au Mali : vers une négociation politique globale ?

une offensive inédite, mais des différences majeures avec 2012

Cette offensive rappelle celle de mars 2012, où une coalition similaire avait pris le contrôle du Nord du Mali. Pourtant, les dynamiques actuelles diffèrent radicalement :

  • Une coordination renforcée entre le JNIM et le FLA : contrairement à 2012, les deux groupes communiquent désormais ensemble, le JNIM laissant même les responsables du FLA s’afficher publiquement. Seuls les cadres du JNIM, comme Iyad ag Ghali ou Hamadoun Kouffa, restent dans l’ombre, tandis que des figures comme Sidan Ag Hitta apparaissent sur le terrain.
  • Une stratégie axée sur la négociation et le désarmement : plutôt que de capturer et d’exécuter les militaires, les rebelles privilégient les négociations pour inciter les FAMa à déposer les armes. Leur discours met en avant la protection des populations et des soldats contre la junte de Bamako.
  • Des négociations avec les mercenaires russes : le JNIM et le FLA ont facilité le retrait des forces russes de plusieurs bases, notamment à Kidal, sans affrontement. Cette approche rappelle les méthodes utilisées en Syrie, où des accords locaux avaient permis des retraits similaires.
  • Un encerclement méthodique de Bamako : pour la première fois, la capitale est directement ciblée par une offensive prolongée, visant à étouffer le pouvoir central. Depuis le 28 avril, un blocus complet de Bamako est en place, avec des camions incendiés pour montrer la détermination des rebelles.

Ces évolutions suggèrent une adaptation des stratégies jihadistes et indépendantistes, qui misent désormais sur une approche plus politique que militaire pure.

un pouvoir malien en pleine décomposition

La junte d’Assimi Goïta est aujourd’hui en position de faiblesse. La mort du général Sadio Camara et les blessures infligées à d’autres responsables ont fragilisé la chaîne de commandement. Les tensions internes au sein de la junte, notamment la méfiance croissante d’Assimi Goïta envers le partenariat avec la Russie, pourraient accélérer son déclin. Les mercenaires russes, critiqués pour leurs échecs militaires (comme la défaite de Tinzawatene en juillet 2024), peinent à inverser la tendance.

Face à cette crise, des voix de la société civile malienne, comme l’homme politique Oumar Mariko, l’ancien ministre Mamadou Ismaïla Konaté, l’imam Mahmoud Dicko ou l’Alliance des Démocrates du Sahel (ADS), appellent à des négociations avec les groupes armés. Ces appels s’ajoutent à une stratégie d’étranglement qui, si elle se poursuit, pourrait mener à un changement de régime ou à une négociation contrainte.

le Nord du Mali sous menace : vers une partition de facto ?

À court terme, la chute de Kidal, Gao et Tombouctou semble inéluctable. Le JNIM et le FLA négocient actuellement le départ des Russes du Nord, ce qui ouvrirait la voie à une conquête progressive des grandes villes de la boucle du Niger. Les désertions massives des soldats maliens, déjà observées en 2012, pourraient précipiter cette chute. Seuls les drones TB2 (malien et burkinabé) pourraient freiner cette avancée, mais leur destruction par les rebelles limite leur efficacité.

Une fois le Nord sous contrôle, le JNIM et le FLA devraient adopter une gouvernance plus modérée qu’en 2012, évitant les excès violents qui avaient conduit à leur échec face à l’armée française en 2013. Le JNIM, en particulier, semble privilégier une application limitée de la charia et une intégration progressive dans le système politique local. Cette approche pourrait faciliter une normalisation avec la communauté internationale, à condition de couper officiellement les liens avec Al-Qaïda.

une menace persistante : l’État Islamique au Sahel

Pendant que le JNIM et le FLA progressent au Nord, l’État Islamique Wilaya Sahel (EIWS) reste une menace active dans la région de Ménaka. Malgré une tentative d’infiltration à Ménaka, repoussée par les forces russo-maliennes, l’EIWS continue de représenter un danger pour la stabilité du Mali et des pays voisins. Son absence de participation à l’offensive actuelle ne doit pas occulter son potentiel déstabilisateur.

scénarios pour l’avenir : négociation ou effondrement ?

Plusieurs scénarios se dessinent pour l’avenir du Mali :

  • Scénario 1 : Une intervention militaire extérieure

    Avant 2022, une telle situation aurait déclenché une intervention occidentale pour neutraliser le JNIM. Aujourd’hui, cette option est peu probable : la France a quitté le Sahel, les États-Unis sont engagés sur d’autres théâtres, et l’ONU ne semble pas prête à s’impliquer. Seule une intervention régionale, comme celle de l’Algérie, pourrait inverser la tendance, mais Alger reste réticent à s’engager militairement hors de ses frontières. Une intervention internationale, à l’image de l’opération Barkhane, semble donc improbable.

  • Scénario 2 : Une négociation politique de grande ampleur

    Le JNIM cherche depuis 2025 à obtenir une reconnaissance internationale, à l’image du Hayat Tahrir al-Sham (HTS) en Syrie. L’Algérie ou la Mauritanie pourraient jouer ce rôle de médiateur, en raison de leurs liens avec les deux groupes et de leur opposition à la junte. Les revendications du JNIM incluent :

    • L’application de la charia sur l’ensemble du territoire malien.
    • Une autonomie accrue pour le Nord et le Centre.
    • L’intégration du JNIM et du FLA dans la gouvernance locale.

    Cependant, le JNIM n’a pas rompu officiellement avec Al-Qaïda, ce qui complique sa normalisation. Sans une pression forte des partenaires internationaux ou une chute de la junte, les négociations restent incertaines.

quelles conséquences pour la communauté internationale ?

À long terme, la création d’un proto-État jihadiste au Mali imposera une surveillance accrue, similaire à celle exercée en Syrie ou en Afghanistan, pour prévenir toute menace terroriste transnationale. Les partenaires européens et africains devront collaborer pour contenir cette nouvelle entité, tout en soutenant les efforts de normalisation.

En attendant, la situation reste explosive. Le blocus de Bamako pourrait précipiter un changement de régime ou une négociation forcée, mais la junte, malgré ses faiblesses, reste déterminée à se maintenir au pouvoir. Les prochaines semaines seront cruciales pour déterminer si le Mali bascule dans une partition de facto ou si une issue politique émerge.