1 juillet 2026
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Le paradoxe d’une nation passionnée par un sport en déclin alors que les fondements de l’État vacillent.

Le Cameroun ne participera pas à la prochaine Coupe du monde. Nos Lions Indomptables ne fouleront pas les pelouses de cette prestigieuse compétition. Pourtant, le pays semble une nouvelle fois prisonnier de polémiques incessantes liées au football, de querelles de clocher au sein de la fédération et de débats stériles sur des rencontres auxquelles nous ne prendrons même pas part. Pendant ce temps, les plaies profondes de la nation continuent de saigner.

Une inversion inquiétante des priorités nationales

Le football, jadis ciment de l’unité nationale et vitrine d’un pays capable de rivaliser avec les plus grands, n’est plus que l’ombre de lui-même. Entre gestion contestée, conflits de personnes, scandales à répétition et infrastructures défaillantes, l’outil de distraction massive est lui-même en pleine crise. La non-qualification pour le mondial n’est que le symptôme d’un malaise plus vaste.

Il est frappant de constater que l’on tente encore de placer le football au centre du débat public, alors que beaucoup y voient un déclin irrémédiable. Si la passion pour le sport est légitime et que des figures comme Samuel Eto’o suscitent une admiration méritée pour leur parcours, le football ne doit plus servir de rideau de fumée pour masquer les enjeux vitaux de notre avenir commun.

Les véritables défis occultés par le spectacle sportif

Dans un pays où un remaniement gouvernemental est attendu depuis des mois sans jamais se concrétiser, le débat public ne devrait pas être monopolisé par le ballon. Plusieurs signaux d’alarme institutionnels méritent pourtant notre attention immédiate :

  • La création d’un poste de vice-président resté vacant des mois après la réforme constitutionnelle.
  • L’absence prolongée de Conseil des ministres et de Conseil supérieur de la magistrature.
  • La gestion par intérim de ministères stratégiques suite à des démissions non remplacées.
  • La remise en cause de l’État de droit, illustrée par des mandats d’amener non exécutés sur ordre administratif.
  • La fragilisation de la justice, où des décisions de mise en liberté sont publiquement qualifiées de faux.

Au-delà des institutions, c’est le quotidien des citoyens qui souffre. Les routes dégradées, l’accès précaire à l’eau potable et à l’électricité, le chômage endémique des jeunes diplômés et la cherté de la vie sont autant de réalités qui devraient primer sur le classement FIFA.

Une responsabilité collective pour un éveil citoyen

À qui profite cette focalisation sur le sport ? Chaque fois que l’espace public est saturé par une polémique footballistique, les préoccupations économiques et sociales passent au second plan. Les intellectuels, les journalistes et les leaders d’opinion ont le devoir de hiérarchiser les priorités pour ne pas privilégier l’émotion au détriment de l’analyse de fond.

Nous pourrons parler de football avec légèreté lorsque nos institutions fonctionneront pleinement, lorsque la justice sera crédible et que les services essentiels répondront aux besoins de la population. Pour l’heure, détourner le regard des défis urgents revient à ignorer la trajectoire inquiétante du pays.

Le Cameroun mérite un débat public à la hauteur de ses enjeux. L’histoire retiendra ceux qui ont eu la lucidité de poser les bonnes questions sur la gouvernance et le développement, plutôt que ceux qui ont préféré s’écharper sur un tournoi auquel la nation ne participe même pas.