8 juin 2026
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Analyse des répercussions du conflit : le Maroc en première ligne face à une hausse des prix du pétrole

Un ouvrage collectif intitulé « Hormuz et les fractures invisibles : le prix d’une guerre lointaine » vient d’être publié, consacré aux conséquences géopolitiques, économiques et sécuritaires du conflit opposant l’Iran, les États-Unis et Israël, ainsi qu’aux tensions autour du détroit d’Hormuz.

Rassemblant les contributions d’experts internationaux — notamment Abdelhak Bassou, Ferid Belhaj, Ian Lesser, Hafez Ghanem, Hinh T. Dinh et Rida Lyammouri —, l’ouvrage analyse les impacts du conflit sur différentes régions, en mettant l’accent sur le Maroc, l’Afrique et les pays du Sud.

Les auteurs soulignent que la crise d’Hormuz dépasse le cadre d’un simple conflit régional. Elle met en lumière les fragilités d’une économie mondialisée fortement dépendante des flux énergétiques, commerciaux et logistiques transitant par ce passage stratégique, par lequel circule une part significative du pétrole, du gaz, des engrais et du commerce mondial.

Un chapitre rédigé par l’économiste Hinh T. Dinh examine les effets d’une hausse de 20 % des prix du pétrole sur les économies du Maroc, de la Tunisie et de l’Égypte. En utilisant un modèle économique entrées-sorties, l’étude conclut que le Maroc est le pays nord-africain le plus exposé aux conséquences d’un choc pétrolier lié à la crise d’Hormuz. L’analyse identifie des vulnérabilités dans plusieurs secteurs : agriculture, construction, transports et autres activités dépendantes des produits énergétiques.

En revanche, l’Égypte pourrait tirer partiellement profit de la hausse des prix grâce à ses recettes pétrolières, tandis que la Tunisie afficherait un bilan globalement équilibré, malgré des disparités importantes entre secteurs.

+ Un tournant dans l’ordre mondial +

Au-delà des aspects économiques, plusieurs contributeurs estiment que cette guerre de 2026 marque un tournant dans l’évolution de l’ordre international. Ferid Belhaj considère qu’elle illustre la fragmentation croissante du système mondial et l’affaiblissement des mécanismes traditionnels de coopération et de dissuasion. Marcus Vinicius de Freitas y voit l’émergence d’un monde plus multipolaire, où les conflits sont gérés plutôt que résolus.

Ian Lesser, dans une autre contribution, analyse les répercussions de la guerre sur les relations transatlantiques, notant qu’elle a accentué les divergences entre les États-Unis et plusieurs pays européens sur l’usage de la force et la gestion des crises internationales.

L’ouvrage souligne aussi les risques pour la sécurité énergétique africaine, les équilibres du Sahel et les économies sud-américaines, tout en mettant en avant le rôle croissant des minerais stratégiques dans les nouvelles dynamiques géopolitiques.

Ce travail collectif constitue une contribution au débat sur les mutations de l’ordre international et sur les stratégies que les États devront adopter face à des crises susceptibles de perturber durablement les chaînes d’approvisionnement, les marchés de l’énergie et les équilibres géopolitiques mondiaux.