Un convoi de camions nigérians stationne de part et d’autre de la piste sableuse qui relie le Nigeria au Cameroun. Ces mêmes convois ont longtemps été la cible de Boko Haram. Aujourd’hui, la donne a changé. Aboubacar Mahamed, un chauffeur nigérian qui achemine des sacs de mil vers N’Djamena, témoigne : « Du Nigeria, de Kano à Maiduguri, puis de Maiduguri à Banki pour entrer à Kourgui, nous n’avons eu aucun problème. La sécurité est assurée de Kourgui à Amchidé et à Yagoua, aucun incident sur la route. »
Malgré cette sécurisation, Aboubacar Mahamed conseille de circuler à certaines heures : « Les soldats camerounais du Bataillon d’intervention rapide font beaucoup d’efforts, mais pour nous, si le camion tombe en panne entre 18 heures et 19 heures, il vaut mieux passer la nuit dans ce village ou dans la brousse. Vers 6 heures du matin le lendemain, tu peux démarrer. C’est mieux de commencer à circuler à partir de 6 heures et de se garer vers 17 heures. »
Un axe commercial redevenu vital pour les populations
Pour atteindre Kourgui, ces camionneurs passent par Limani, le principal bureau des douanes côté camerounais. Fermé en 2014 à cause des exactions de Boko Haram, il a rouvert il y a sept ans. Célestin Delanga, spécialiste des questions de sécurité dans le bassin du lac Tchad à l’Institut d’études de sécurité (ISS), souligne l’importance de la reprise des échanges entre les deux pays : « Le Cameroun exporte des produits vivriers et du bétail vers le Nigeria, et importe du carburant, du textile, de l’électronique et des pièces détachées, entre autres. Cela contribue à assurer la sécurité économique. L’amélioration du trafic avec le renforcement du dispositif sécuritaire le long des axes commerciaux transfrontaliers permet notamment de redynamiser les échanges. »
Les populations longtemps éprouvées par les exactions de Boko Haram tirent elles aussi les bénéfices de ce regain d’activités économiques. Pour Célestin Delanga, le commerce transfrontalier joue désormais un rôle essentiel dans une région confrontée à de nouvelles difficultés climatiques. « Il y a deux ans, des inondations ont détruit les cultures et les moyens de subsistance. Cette année, c’est la sécheresse qui paralyse la saison pluvieuse. Le commerce transfrontalier est une sorte de bouée de sauvetage », affirme-t-il.
L’amélioration du commerce pousse les ambitions de recettes douanières à 741 milliards de francs CFA pour les neuf premiers mois de 2026. Elles n’étaient que d’un milliard de francs CFA en 2023.