15 mai 2026
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En Casamance, au sud du Sénégal, l’armée a mené début mai une opération d’envergure contre les champs de cannabis. Soutenus par des chiens renifleurs, les soldats et gendarmes sénégalais ont ciblé la région frontalière avec la Gambie, bastion historique du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), en conflit depuis décembre 1982 pour l’indépendance de cette région.

Cette intervention, menée « sans difficultés majeures », a permis l’interpellation de 14 individus, la saisie d’armes de guerre et plus de six tonnes de cannabis, selon les déclarations du colonel Cheikh Guèye, commandant des forces armées dans la zone de Ziguinchor. Un épisode révélateur de la persistance des tensions, malgré l’affaiblissement avéré de la rébellion.

Le MFDC, autrefois redouté, ne dispose plus aujourd’hui que de troupes résiduelles, en déclin démographique et en manque criant d’approvisionnement en armes. Les divisions internes et la perte de soutien des communautés locales ont achevé de fragiliser son influence. « La base politique et affective qui le soutenait s’est érodée », confie une personnalité de la société civile casamançaise. Les populations, désillusionnées par des décennies de conflit, aspirent désormais à la stabilité.

Un conflit en perte de vitesse face aux réalités socio-économiques

L’arrivée au pouvoir de figures politiques issues de la Casamance, comme le Premier ministre Ousmane Sonko, a également contribué à apaiser les tensions. « Les habitants ont le sentiment d’une reconnaissance tardive de leur région dans le paysage politique national », explique un observateur local. Pourtant, le Premier ministre a rappelé avec fermeté que « aucun centimètre du territoire ne sera cédé », balayant l’idée d’une indépendance de la Casamance.

Mi-mars, lors d’une visite à Ziguinchor, Ousmane Sonko a souligné que le MFDC « n’a jamais contrôlé un seul village depuis plus de 40 ans ». Ces propos font écho aux violences récentes : trois militaires tués et six autres blessés dans une explosion accidentelle lors d’opérations anti-cannabis le 17 mars, suivis d’un autre soldat tué et de six blessés le 11 mars. En novembre 2025, un soldat avait été libéré après sept mois de détention par une bande armée.

Le Premier ministre a clairement identifié le vrai défi : « Le problème n’est plus l’indépendance, mais la culture du cannabis. Nous combattrons ce fléau par tous les moyens. » Le chanvre, en effet, finance une partie des activités des groupes armés, tandis que le colonel Guèye confirme que l’opération de mai visait à « frapper au cœur de leur économie de guerre ».

Des accords de paix fragiles et une économie parallèle tenace

La zone frontalière avec la Guinée-Bissau, autrefois agitée, connaît une accalmie depuis la destruction des bases rebelles en 2021. Cependant, les troubles persistent dans le Nord Sindian, près de la Gambie. Cette région, densément boisée et enclavée, souffre de son isolement malgré des ressources agricoles et forestières abondantes, mal exploitées faute d’infrastructures.

Des habitants dépendent du trafic de cannabis pour survivre. Certains ont même sollicité des avis religieux auprès des imams pour légitimer cette culture, selon un responsable administratif local. Mamadou Sadio, ancien membre d’une unité d’élite de l’armée, explique que « l’absence de routes et la pauvreté poussent les populations à se tourner vers des activités illicites ».

Malgré des avancées notables, comme le troisième anniversaire cette semaine d’un accord de paix entre une faction rebelle et le gouvernement près de Ziguinchor, ou un autre accord signé en février 2025 à Bissau, la paix reste précaire. « Des éléments armés refusent toujours de déposer les armes », rappelle une figure de la société civile. Pour autant, les réfugiés et déplacés commencent à regagner leurs villages, profitant de la baisse des hostilités et du dépôt partiel des armes. Une lueur d’espoir, mais la route vers la stabilité reste semée d’embûches.