4 juin 2026
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Une avancée majeure se profile pour le développement des infrastructures ferroviaires camerounaises. Ce jeudi, Yaoundé accueille la signature d’un mémorandum d’entente entre l’État camerounais, Africa Global Logistics (AGL) et Camalco, filiale locale de Canyon Resources. L’événement, qui se tiendra à l’hôtel Starland sous la présidence du ministre des Transports Jean Ernest Massena Ngallè Bibehe, marque un tournant pour le projet de corridor Edéa–Kribi–Lolabé–Campo. L’objectif ? Relier le réseau ferroviaire national au port en eau profonde de Kribi et faciliter l’exportation des ressources minières.

Un projet ferroviaire au service de la compétitivité économique

Ce corridor ferroviaire ne se limite pas à une simple infrastructure. Il s’inscrit dans une vision globale visant à optimiser les flux logistiques du Cameroun. Depuis 2021, deux tronçons totalisant 291,5 kilomètres sont à l’étude : Edéa–Kribi–Campo (184,5 km) et Douala–Limbé–Idénau (107 km). Le projet actuel intègre également la connexion à Lolabé, zone adjacente au port de Kribi, renforçant ainsi la desserte du Sud du pays.

Le partenariat public-privé envisagé couvrirait l’intégralité du cycle du projet : études, financement, construction, exploitation et maintenance. Bien que les modalités définitives ne soient pas encore arrêtées, ce partenariat pourrait transformer la chaîne logistique nationale. Pour l’État, il s’agit de désenclaver le Sud et de renforcer la compétitivité des corridors d’exportation. Pour AGL, déjà bien implanté dans la logistique portuaire et ferroviaire en Afrique centrale, ce projet consolide sa position dans l’acheminement des marchandises.

Kribi, futur hub minier et logistique

Le port de Kribi, unique infrastructure en eau profonde du Cameroun, représente un atout stratégique. Pourtant, son plein potentiel reste limité par des dessertes terrestres insuffisantes. Une liaison ferroviaire vers Kribi permettrait de lever ce verrou, en créant une synergie entre le port, les zones industrielles voisines et les flux internationaux. Contrairement à Douala, où l’estuaire du Wouri impose des contraintes nautiques, Kribi pourrait absorber des volumes bien plus importants dans des conditions optimales.

L’implication de Camalco ajoute une dimension minière majeure à ce projet. La société, porteuse du gisement de bauxite de Minim Martap (Adamaoua), dispose de réserves estimées à 144 millions de tonnes, avec une teneur de 51,2 % en alumine. Les ressources totales atteindraient même 1,102 milliard de tonnes. Une telle richesse nécessite une chaîne d’évacuation robuste, intégrant mines, voies ferrées, terminaux de stockage et navires minéraliers.

Camalco sécurise sa chaîne logistique

En attendant la finalisation du corridor Edéa–Kribi–Lolabé–Campo, Camalco mise sur une stratégie immédiate centrée sur Douala. Pour renforcer sa position, la société a investi 9,852 milliards de FCFA afin d’augmenter sa participation dans Camrail, concessionnaire du réseau ferroviaire, passant de 9,1 % à 26,9 %. Un investissement supplémentaire de 347,447 millions de FCFA a été réalisé dans Terminal Bois du Port de Douala S.A. Les préparatifs progressent également sur l’Inland Rail Facility et les infrastructures portuaires. Les premières locomotives sont prévues pour le deuxième trimestre 2026, suivies des wagons en juillet. La première expédition de bauxite est programmée pour le troisième trimestre 2026.

Malgré ces avancées, les contraintes nautiques de Douala alourdissent les coûts pour les flux minéraliers massifs. À moyen terme, le corridor Edéa–Kribi–Lolabé–Campo offrirait une alternative directe vers un port en eau profonde, réduisant la dépendance à Douala. Pour le Cameroun, ce projet combine désenclavement régional, valorisation des ressources naturelles et renforcement de Kribi comme plateforme d’exportation majeure.

Plusieurs incertitudes persistent quant au projet. Le mémorandum ne précise ni le coût total d’investissement, ni la répartition des risques entre les partenaires, ni les impacts fonciers et environnementaux du tracé. Ces éléments seront déterminants pour attirer les bailleurs internationaux et garantir la viabilité économique du corridor. Cependant, la signature de Yaoundé marque le retour de ce projet dans les priorités nationales, dessinant une future architecture logistique où rail, ports et mines s’articulent de manière cohérente.