22 juillet 2026
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DÉBATS POLITIQUES

Cameroun : l’absence de Paul Biya alimente tensions et débats sur la gouvernance

Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir, a organisé une réunion exceptionnelle de ses cadres dirigeants, quarante-cinq jours après le départ du président Paul Biya pour un séjour en Europe. Aucune information n’a été communiquée concernant un éventuel retour du chef de l’État, ce qui alimente les interrogations et les critiques. Tandis que le RDPC insiste sur la stabilité des institutions, des figures de l’opposition exigent des précisions sur le fonctionnement actuel du pouvoir et les mesures prévues en cas d’absence prolongée du président.

Paul Biya, président du Cameroun, lors d'un déplacement officiel avant son départ pour l'Europe.

Le secrétaire général du comité central du RDPC, Jean Nkuete, a convoqué une « réunion stratégique » selon un communiqué publié mercredi. Le texte ne détaille ni les points abordés ni les raisons de cette convocation. Paul Biya, âgé de 93 ans, a quitté le Cameroun le 7 juin pour un « séjour privé en Europe », comme l’avait indiqué le cabinet civil de la présidence. Depuis cette date, aucun communiqué n’a confirmé une date de retour, alimentant les spéculations.

Ce silence entourant le séjour du président suscite des réactions depuis plusieurs semaines. Le RDPC tente de calmer les inquiétudes. Dans un éditorial publié le 15 juillet dans L’Action, Christophe Mien Zok, directeur de la propagande du parti, a affirmé que « le pouvoir reste intact » et que « le Lion continue de veiller », rejetant l’idée d’un pays dirigé sans véritable leadership. Les canaux officiels de la présidence continuent de diffuser des messages attribués à Paul Biya, notamment des vœux adressés à Emmanuel Macron pour la fête nationale française et au président du Monténégro. Aucune autre activité publique du président n’a été rendue publique depuis son départ.

L’opposition réclame des réponses

L’absence prolongée du président a ravivé les exigences de transparence de l’opposition. Le député Jean-Michel Nintcheu a sollicité l’intervention du Conseil constitutionnel pour constater une éventuelle vacance de la présidence. L’Union démocratique du Cameroun (UDC) adopte une position plus nuancée : elle ne souhaite pas spéculer sur la santé de Paul Biya, mais souligne que la continuité de l’État ne peut reposer sur des hypothèses. Dans un communiqué publié le 18 juillet, le parti souligne qu’une absence hors du territoire ne constitue pas automatiquement une vacance du pouvoir, tout en soulignant l’importance de clarifier l’exercice effectif des fonctions présidentielles et les dispositifs applicables en cas d’empêchement temporaire.

Une Constitution floue sur les absences présidentielles

Aucun texte camerounais ne fixe de durée maximale pour une absence du chef de l’État hors du territoire. Plusieurs observateurs estiment que cette situation nécessite une clarification institutionnelle, mais aucun cadre légal ne précise à partir de quel délai le Conseil constitutionnel doit intervenir. L’UDC rappelle également que le poste de vice-président, réintroduit lors de la révision constitutionnelle d’avril, reste vacant. Le parti plaide pour une réforme visant à encadrer juridiquement les situations d’absence prolongée du président. Depuis 1982, Paul Biya effectue régulièrement des séjours en Europe. Celui entamé le 7 juin est, à ce jour, le plus long de son mandat, sans qu’aucune indication officielle n’ait été donnée sur son retour au Cameroun.