Politique
Cameroun : qui détient vraiment le pouvoir en l’absence de Paul Biya ?
Depuis le 7 juin 2026, le président camerounais Paul Biya séjourne en Europe, officiellement pour un « court voyage privé ». Mais cette absence prolongée, qui dépasse désormais les trois mois, alimente les spéculations sur l’état de santé du chef de l’État, âgé de 93 ans, et relance les débats sur la vacance du pouvoir au Cameroun.
Le 20 juillet 2026, l’éditorialiste Éric Boniface Tchouakeu, diffusé sur les ondes de la Radio Tiémeni Siantou (90.5 FM à Yaoundé et Bafang), a souligné l’inquiétude grandissante de l’opinion publique. Si les autorités assurent que le président Biya réside actuellement à Genève, où il a ses habitudes depuis son accession au pouvoir en 1982, la durée inhabituelle de ce séjour nourrit les interrogations.
Certains observateurs n’hésitent plus à évoquer la possibilité d’une vacance du pouvoir, malgré les démentis officiels. Pourtant, la loi camerounaise encadre strictement cette notion. Selon la constitution, la vacance ne peut être constatée que dans trois cas précis : le décès, la démission ou un empêchement définitif du président en exercice. Aucune autre situation ne permet de déclarer le pouvoir vacant.
la constitution camerounaise face à l’absence prolongée
Contrairement à une idée reçue, un séjour prolongé à l’étranger ne suffit pas à déclencher une vacance du pouvoir au Cameroun. La loi fondamentale du pays ne fixe aucune limite temporelle quant à la durée des déplacements présidentiels. Le président Biya pourrait, en théorie, diriger le pays depuis l’étranger sans contrevenir à la constitution.
Le vrai point de friction réside dans l’éthique politique. Depuis plus de 43 ans au pouvoir, le chef de l’État n’a jamais signé de décret majeur depuis l’étranger. Cette absence de prise de décision publique en dehors du territoire national soulève des questions sur la gestion du pays en son absence.
les délais constitutionnels et l’attente du nouveau gouvernement
L’absence prolongée du président survient dans un contexte politique particulier : la formation du gouvernement après l’élection présidentielle d’octobre 2025, et l’attente de la nomination d’un Vice-président, réintroduit récemment dans les institutions. Ces retards, couplés à la précipitation autour de cette réforme, pourraient expliquer l’intérêt croissant pour le calendrier des déplacements présidentiels.
Dans ce contexte, certains citoyens, habitués à une gouvernance centralisée à Yaoundé, s’interrogent : qui prend réellement les décisions en l’absence du président ? Les institutions camerounaises fonctionnent-elles normalement, ou cette situation révèle-t-elle des dysfonctionnements plus profonds ?
Une chose est certaine : tant que les trois conditions constitutionnelles de vacance du pouvoir ne sont pas remplies, les institutions camerounaises restent en place. Cependant, l’opacité entourant la santé et les activités du président Biya alimente les débats sur la transparence et la responsabilité des dirigeants.
En attendant, l’opinion publique camerounaise observe, analyse et s’interroge : le pouvoir est-il vraiment vacant, ou simplement exercé différemment ?