16 août 2026
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Une quarantaine de journalistes burkinabè ont récemment terminé un stage de formation militaire de six jours, présenté comme une immersion patriotique. Organisée par le ministère de la Sécurité à l’Académie de police de Pabré, à une vingtaine de kilomètres de Ouagadougou, cette initiative inédite concerne aussi bien les médias publics que privés. Elle s’inscrit dans la stratégie de guerre menée par les autorités actuelles, dirigées par le capitaine Ibrahim Traoré, contre les groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, actifs au Burkina Faso depuis plus d’une décennie.

Une vidéo diffusée par la chaîne de télévision publique RTB montre les participants, hommes et femmes, vêtus de treillis et tenant des armes. Lors de la cérémonie de clôture, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, a interpellé les journalistes avec une question directe : « Allez-vous être des journalistes patriotiques et professionnels ? ». En réponse, les participants, au garde-à-vous, ont scandé à l’unisson : « Affirmatif ». Le ministre a alors insisté sur le lien indissociable entre professionnalisme et patriotisme, affirmant qu’un journaliste non engagé représente une menace pour son pays, tandis qu’un professionnel patriote mais passif « est comme un spectateur dans l’histoire en marche de sa nation ».

Selon les autorités, cette formation vise à « ancrer [les journalistes] dans le quotidien des forces de défense et de sécurité, en leur faisant partager leurs valeurs et leurs réalités opérationnelles ». Le directeur général de l’Académie de police, Lassina Traoré, a précisé cet objectif lors de l’événement.

Cette mesure a rapidement suscité l’opposition des défenseurs de la liberté de la presse. Les organisations spécialisées s’inquiètent de cette militarisation forcée des professionnels des médias. Certains y voient une dérive autoritaire, incompatible avec les principes fondamentaux du journalisme indépendant. Les critiques soulignent que les journalistes ne sont pas des soldats et ne doivent pas être réduits à des instruments de propagande ou à des acteurs de l’effort de guerre, encore moins exhibés en tenue militaire et armés lors de cérémonies publiques.

Cette obligation s’inscrit dans une logique plus large, portée par le capitaine Traoré depuis son arrivée au pouvoir en 2022 à l’issue d’un coup d’État. Son gouvernement affiche une volonté affichée de reconquérir la souveraineté nationale, tout en adoptant une posture résolument anti-occidentale. Il est à noter que cette initiative n’est pas isolée : l’an dernier, une formation militaire similaire avait été rendue obligatoire pour les lycéens en année de terminale.

Cette militarisation de la presse intervient dans un contexte de tensions accrues entre les autorités de transition et les médias. Plusieurs organes de presse ont été suspendus sans avertissement, tandis que des journalistes critiques envers le pouvoir ont été réquisitionnés de force et envoyés au front. La situation est particulièrement alarmante pour ceux qui osent défier le régime, à l’image du journaliste Serge Oulon, toujours détenu deux ans après son enlèvement à Ouagadougou.