3 juin 2026
7b70f97f-613e-42e7-a25a-b8b609e7006b

Le capitaine Ibrahim Traoré, âgé de 36 ans, dirige le Burkina Faso depuis le palais de Koulouba, ayant accédé au pouvoir sans scrutin électoral suite à la suspension des processus démocratiques. Cette situation confère une certaine « liberté » dans la communication gouvernementale, permettant de s’adresser directement aux médias plutôt qu’aux électeurs. Lors d’une récente rencontre de deux heures avec six journalistes, le capitaine Traoré a dressé un tableau idyllique de la situation nationale. Il a mis en avant une armée en pleine reconquête territoriale, une économie burkinabè en essor avec une industrie florissante et une production d’or record, ainsi que le développement d’infrastructures routières majeures. Selon ses dires, les citoyens du Burkina Faso jouiraient d’une liberté sans précédent.

Cependant, cette narrative optimiste contraste fortement avec un rapport accablant de Human Rights Watch (HRW) publié simultanément. Intitulé « Personne ne pourra s’échapper », ce document de 351 pages compile des témoignages, des analyses d’images satellites et des listes de victimes, révélant la mort de 1 837 civils au Burkina Faso sur une période de deux ans et demi. Les auteurs de ces violences incluent l’armée nationale, les milices de Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), et les groupes djihadistes du GSIM. Le rapport souligne particulièrement l’implication systématique des forces étatiques, dont les opérations seraient coordonnées et parfois appuyées par des drones, suggérant des directives émanant des plus hautes sphères.

Les conclusions de HRW sont édifiantes, documentant des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, avec un ciblage ethnique alarmant de la communauté Peule. Parmi les atrocités détaillées, on compte les exécutions sommaires de 223 civils, dont 56 enfants, à Nondin en février 2024, des centaines de décès à Baraboulé en décembre 2023, et le massacre de 130 Peuls près de Solenzo en mars 2025. Ces révélations s’appuient sur des preuves irréfutables, incluant des fosses communes, des récits poignants de survivants et des images satellites corroborantes. Face à ces accusations, le régime en place tend à rejeter la faute sur une supposée conspiration occidentale.

Ironiquement, le capitaine Traoré a évoqué avec fierté la « reconquête » de villes comme Baraboulé et Pétouli, des localités précisément citées dans le rapport de HRW. Or, c’est dans ces zones que l’organisation a documenté l’opération Tchéfari 2, signifiant « Le miel des guerriers » en fulfuldé. Cette opération militaire, présentée comme un succès par la télévision d’État burkinabè, aurait en réalité entraîné le meurtre de centaines de civils dans 16 villages, selon les témoignages des survivants qui décrivent ces événements comme une « boucherie ».

Concernant les massacres, le dirigeant burkinabè a avancé une théorie selon laquelle les atrocités seraient commises par des terroristes se déguisant en soldats et se filmant eux-mêmes. Cette explication implique un niveau de coordination et de sophistication remarquable pour des groupes que Traoré a par ailleurs décrits comme des individus « lisant le Coran dans la brousse », incluant l’utilisation d’uniformes militaires burkinabè, la coordination de bataillons et le recours à des drones militaires.

Un aspect frappant de l’entretien du capitaine Traoré est l’absence totale du mot « Peul », malgré une durée de deux heures. Cette omission est d’autant plus significative que le rapport de Human Rights Watch met en lumière un ciblage systématique de cette communauté, qui représente 8 % de la population du Burkina Faso. Les Peuls sont collectivement accusés de terrorisme, ce qui a conduit à des massacres de village en village et au déplacement de centaines de milliers d’individus. Le document de HRW rapporte même des propos attribués à Traoré en février 2023, lors d’une rencontre avec des chefs peuls, où il aurait averti : « Il y aura beaucoup de morts. Et ça sera plus compliqué pour votre communauté. » Le chef de sa garde présidentielle aurait quant à lui tenu des propos encore plus menaçants : « Nous allons tous les tuer. »

En matière de liberté d’expression, le capitaine Traoré a affirmé que le Burkina Faso jouissait d’une plus grande liberté qu’en Europe. Cependant, la réalité dépeinte par les organisations de défense des droits humains est bien différente : des journalistes ont été enlevés et enrôlés de force, des médias indépendants ont été contraints de fermer, et des sites web dédiés aux droits humains sont bloqués. La Commission électorale a été dissoute et la peine de mort rétablie. Parallèlement, des réseaux de propagande pro-junte, connus sous le nom de « BIR-C » (Bataillons d’intervention rapide de la communication), diffusent massivement de la désinformation et des deepfakes à la gloire du dirigeant, témoignant d’une stratégie de contrôle de l’information particulièrement agressive.

Human Rights Watch a explicitement appelé à l’ouverture d’une enquête sur la responsabilité de commandement du capitaine Traoré. Malgré la nomination de six généraux impliqués, aucune poursuite judiciaire n’a été engagée. Le retrait du Burkina Faso de la Cour pénale internationale par la junte est perçu comme une tentative d’échapper à la justice internationale. Pendant ce temps, l’attention du régime se porte sur des actes de corruption mineurs, comme la diffusion publique d’images d’agents de police acceptant 500 francs CFA, érigés en scandale national. En contraste, les massacres de centaines de civils par l’armée sont minimisés et qualifiés de « perfidie terroriste », révélant des priorités judiciaires et éthiques pour le moins discutables.

Le régime du capitaine Traoré rejette systématiquement toute critique extérieure. Une résolution du Parlement européen est qualifiée d’ingérence, les déclarations du chef d’état-major français sont ignorées, les ONG sont dépeintes comme des manipulateurs, et les médias ainsi que les informations sur internet sont jugés mensongers. Même le rapport détaillé de HRW, fort de 351 pages et 450 témoignages, est balayé d’un revers de main. Si les griefs postcoloniaux et l’exploitation historique de l’Afrique par la France sont des réalités indéniables, l’instrumentalisation de ce passé pour légitimer des massacres internes et étouffer la critique internationale s’apparente à une dérive autoritaire dangereuse, où l’anti-impérialisme ne saurait justifier de telles violences dans le contexte du conflit armé au Sahel.

En guise de conclusion, le capitaine Traoré a exhorté les Burkinabè à « faire des enfants » en raison de la « richesse des terres ». Une déclaration qui prend un sens macabre au vu des nombreuses vies perdues et des fosses communes documentées dans le pays.