3 juin 2026
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Burkina Faso : une vague de dissolutions d’ONG menace les libertés fondamentales

La récente annonce de la dissolution de 118 ONG et associations au Burkina Faso a suscité une vive inquiétude parmi les défenseurs des droits humains. Ousmane Diallo, expert senior sur le Sahel au Bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, a réagi avec fermeté face à cette mesure, la qualifiant de « violation flagrante du droit à la liberté d’association ».

Selon lui, cette décision va à l’encontre des principes constitutionnels du pays, qui protègent explicitement la liberté d’association et syndicale. Les amendements constitutionnels récents n’ont, en effet, jamais remis en cause ce droit fondamental. Plus grave encore, cette dissolution contredit les engagements internationaux du Burkina Faso, notamment ceux issus de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large visant à étouffer la société civile par des moyens répressifs, privant ainsi les citoyens de leurs droits les plus essentiels.

Ousmane Diallo, chercheur senior sur le Sahel

Les organisations non gouvernementales jouent un rôle crucial dans la défense des droits humains et le renforcement de l’État de droit. Leurs activités permettent de faire respecter les libertés et de protéger les populations. Face à cette situation, les autorités burkinabè sont appelées à rétablir sans délai ces organisations dans leurs droits et à garantir leur fonctionnement libre de toute intimidation.

Cette vague de dissolutions s’ajoute à un contexte déjà marqué par des restrictions croissantes de l’espace civique. Entre autres mesures répressives, on note l’adoption de législations abusives, des intimidations, des arrestations arbitraires et des poursuites contre les militants et défenseurs des droits humains.

Les autorités doivent impérativement mettre un terme à ces pratiques et respecter leurs obligations en matière de droits humains, conformément aux traités internationaux auxquels le Burkina Faso a souscrit.

Contexte : une répression systématique de la société civile

Le 15 avril 2026, le ministère de l’Administration territoriale et de la Mobilité du Burkina Faso a officialisé la dissolution de 118 ONG et associations, invoquant le respect des « dispositions légales en vigueur ». Aucune justification supplémentaire n’a été apportée, laissant planer un doute sur les véritables motivations de cette décision.

Cette mesure intervient dans un climat politique déjà tendu. En janvier 2026, tous les partis politiques du pays ont été dissous après une suspension de trois ans, confirmant une tendance à la restriction des libertés démocratiques. En novembre 2025, un décret présidentiel a imposé aux ONG de transférer leurs fonds vers une banque d’État nouvellement créée, placée sous le contrôle du Trésor public. Cette mesure, officiellement présentée comme une mesure de transparence financière, expose les organisations à des risques de gel arbitraire de leurs ressources et à une surveillance accrue de leurs activités.

Le Burkina Faso est dirigé par un régime militaire depuis deux putschs survenus en janvier et septembre 2022. En mai 2024, la transition censée s’achever le 2 juillet 2024 a été prolongée de cinq ans supplémentaires, prolongeant ainsi l’incertitude politique et institutionnelle dans le pays.

Face à cette escalade répressive, la communauté internationale et les défenseurs des droits humains appellent à une mobilisation urgente pour protéger la société civile et préserver les libertés fondamentales au Burkina Faso.