15 juin 2026
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Une affaire Branco-Sonko secoue actuellement l’opinion publique au Sénégal. Elle prend racine dans une correspondance privée devenue publique, où Juan Branco, avocat et essayiste, interpelle directement Ousmane Sonko, alors chef du gouvernement sénégalais. Dans cette missive, l’avocat formule cinq demandes d’une portée juridique et politique exceptionnelle, mettant en lumière des tensions entre allégeance militante et stratégies individuelles.

la lettre qui dérange : entre justice et ingérences

Datée du 4 février 2025, cette lettre adressée à Ousmane Sonko aborde des sujets sensibles, dont certains frôlent les limites légales. Juan Branco y évoque d’abord une commission rogatoire espagnole, liée à son enlèvement en Mauritanie, et sollicite une intervention du Premier ministre sénégalais auprès des autorités judiciaires locales. L’objectif ? Faciliter la collaboration entre les systèmes judiciaires des deux pays. Pourtant, cette requête soulève des questions sur l’autonomie du Sénégal dans la gestion de ses affaires internes, notamment en raison des allusions à une possible influence française dans ce dossier.

la quête des secrets d’état : un dangereux passage en force

L’un des points les plus explosifs concerne les services de renseignements. Juan Branco exige l’accès à des documents classifiés datant de l’ère Macky Sall, en invoquant un prétendu « contre-narratif » français qui l’accablerait. Parmi ces archives figurent des fiches liées aux services secrets sénégalais et à leurs homologues français. Une telle demande équivaut à une violation délibérée du secret de la défense nationale (articles 61 et suivants du Code pénal) et du secret professionnel (article 371), selon les termes mêmes de la loi sénégalaise.

Les révélations ne s’arrêtent pas là. L’avocat évoque une tentative de kompromat en octobre 2023, impliquant au moins un agent sénégalais, juste avant une audience clé au Sénégal. Ces allégations, si elles sont avérées, pourraient aggraver la situation politique et judiciaire des deux hommes, déjà sous le feu des projecteurs.

crimes contre l’humanité et financements controversés

Juan Branco ne se contente pas de réclamer des documents. Il appelle également Ousmane Sonko à agir directement sur le dossier des crimes contre l’humanité concernant l’ancien président Macky Sall, notamment en France et devant la CPI. Cette demande, si elle était suivie d’effet, pourrait constituer une entorse grave aux procédures judiciaires officielles. En effet, solliciter un Premier ministre pour obtenir des fiches de renseignement en dehors de toute réquisition judiciaire relève de l’incitation à la violation du secret de la défense nationale et du secret professionnel.

Mais le plus inquiétant réside dans la proposition de financer des procédures privées pour crimes contre l’humanité via des fonds publics ou partisans. Le PASTEF, parti d’Ousmane Sonko, serait impliqué dans ce montage financier. Une telle initiative, si elle aboutissait, pourrait être interprétée comme un détournement de deniers publics ou une utilisation abusive de fonds politiques, en l’absence de constitution de partie civile par l’État sénégalais.

nationalité sénégalaise et postes diplomatiques : une stratégie de contournement

Juan Branco a également rappelé son souhait de représenter le Sénégal à l’ONU, un projet qu’il jugeait compatible avec son activisme « souverainiste » et panafricaniste. Pourtant, cette ambition a été écartée au profit d’un autre diplomate. Face à cet échec, l’avocat a rebondi en demandant l’octroi de la nationalité sénégalaise par décret présidentiel. Cette naturalisation lui permettrait de s’inscrire au barreau du Sénégal et d’enseigner à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar.

Cette démarche soulève des questions éthiques et juridiques majeures. En effet, solliciter une naturalisation exceptionnelle pour contourner les règles d’accès à une profession réglementée ou à un poste universitaire revient à violer l’égalité devant la loi et l’autonomie des institutions concernées. De plus, sa prétention passée à représenter le Sénégal à l’international, avec sa double nationalité franco-sénégalaise, aurait pu créer un conflit d’intérêts évident.

le compte des sacrifices : quand l’activisme devient une facture

Dans la dernière partie de sa lettre, Juan Branco dresse un bilan financier de son engagement aux côtés d’Ousmane Sonko. Il affirme avoir perçu 15 000 euros entre 2023 et 2025, dont 2 000 euros versés par Maître Bamba Cissé, un confrère sénégalais, pour couvrir des déplacements à Dakar. Selon lui, ces fonds, destinés à des « frais de cabinet » et à des « déplacements », seraient insuffisants au regard des sacrifices consentis : enlèvements, détentions et procédures judiciaires en France.

Cette comptabilité opaque pose plusieurs problèmes. D’abord, elle révèle l’absence totale de cadre légal entre l’État sénégalais et l’avocat. Si ces fonds s’avèrent provenir de deniers publics, leur versement en dehors des procédures officielles de marchés publics et de l’Agent judiciaire de l’État pourrait être qualifié de détournement de fonds publics. Ensuite, l’opacité de ces transactions interroge sur la traçabilité des flux financiers et le respect des règles de facturation.

Au-delà des aspects juridiques, cette partie de la lettre marque un tournant dans la relation entre les deux hommes. Après l’échec de ses ambitions politiques (ONU, UCAD), Juan Branco semble basculer vers une logique purement transactionnelle. Il transforme ainsi une alliance militante en un rapport de force où l’activisme est monnayé, révélant une métamorphose des motivations : du désintéressement affiché à la revendication financière.

les risques d’une alliance devenue toxique

  • Violations pénales : Les demandes formulées par Juan Branco, si elles étaient suivies d’effet, exposeraient Ousmane Sonko et lui-même à des poursuites pour atteinte au secret de la défense nationale, violation du secret professionnel, détournement de fonds publics et recel de secrets d’État.
  • Dérives politiques : Une ingérence dans les procédures judiciaires, notamment sur des dossiers sensibles comme les crimes contre l’humanité, pourrait ébranler la crédibilité du Sénégal sur la scène internationale.
  • Conflits d’intérêts : La double nationalité de Juan Branco et ses ambitions diplomatiques ou universitaires posent question quant à son impartialité et à l’indépendance des institutions concernées.
  • Opacité financière : L’absence de cadre contractuel clair et les flux financiers informels entre les deux hommes soulèvent des soupçons de corruption et de détournement de fonds.

une amitié qui tourne au marchandage

L’affaire Branco-Sonko illustre une dérive des alliances politiques où l’idéalisme cède le pas à l’opportunisme. Ce qui était présenté comme une collaboration militante se transforme en un rapport de force où l’activisme se monnaye et où les principes républicains sont contournés. Les conséquences pourraient être lourdes, tant sur le plan judiciaire que politique, pour les deux protagonistes et pour le Sénégal.