Le Bénin franchit un cap décisif dans sa quête d’autonomie énergétique. Avec la finalisation du projet IPP50, le pays s’apprête à inaugurer quatre centrales solaires d’une capacité totale de 62 mégawatts-crête (MWc), marquant une rupture stratégique dans sa politique de production électrique. Une avancée majeure qui s’inscrit dans une vision ambitieuse : réduire la dépendance aux importations, booster l’économie locale et accélérer la transition verte.
Quatre villes, un projet phare pour l’économie nationale
Natitingou, Djougou, Parakou et Bohicon accueilleront respectivement les nouvelles infrastructures solaires. Réparties sur l’ensemble du territoire, ces centrales photovoltaïques, d’une puissance cumulée de 62 MWc, représentent un investissement global de 45 millions d’euros. Leur mise en service, prévue pour 2028, vise à injecter près de 110 gigawattheures (GWh) d’électricité renouvelable par an dans le réseau national, soit une hausse de 17 % de la production actuelle.
Un financement international pour sécuriser l’avenir énergétique
Le projet IPP50 repose sur un partenariat inédit entre acteurs publics et privés. Parmi les principaux financeurs figurent AXIAN Energy, la Caisse des dépôts et consignations du Bénin (CDC-Bénin), la Société financière internationale (IFC) filiale du Groupe de la Banque mondiale ainsi que Proparco, institution financière dédiée aux projets durables. Une mobilisation de 30 millions d’euros a déjà été actée, soulignant la confiance des investisseurs dans la viabilité du programme.
Ce modèle de producteur indépendant d’électricité (IPP) s’appuie sur des contrats d’achat d’énergie avec la Société béninoise de production d’électricité (SBPE). Une formule gagnante qui permet de concilier attractivité pour les capitaux privés et contrôle public sur l’intégration des infrastructures au système électrique national.
Souveraineté énergétique : le Bénin mise sur la diversification
Longtemps dépendant des importations électriques de ses voisins, le Bénin prend aujourd’hui les devants. Les 62 MWc supplémentaires, couplés aux 50 MW de la centrale d’Illoulofin (Pobè), portent à 112 MW la capacité solaire installée. Une diversification qui limite les risques liés aux fluctuations des approvisionnements extérieurs et renforce la résilience du réseau.
Cette stratégie s’accompagne d’investissements complémentaires dans les centrales thermiques de Maria-Gléta. L’objectif ? Créer un mix énergétique équilibré, capable de répondre à la demande croissante des ménages, des industries et des zones commerciales en pleine expansion.
Des retombées économiques et sociales immédiates
Un souffle pour les entreprises et les artisans
La production accrue d’électricité renouvelable ouvre des perspectives concrètes. Environ 383 000 personnes pourraient bénéficier de cette énergie, favorisant le développement des petites unités de transformation, la conservation des produits agricoles et la compétitivité des artisans. Pour les industriels, l’accès à une électricité plus stable et compétitive est un levier de croissance essentiel.
Un impact environnemental significatif
Chaque année, les 110 GWh produits grâce au solaire permettront d’éviter l’émission de 62 000 tonnes de CO₂. Une contribution majeure à la lutte contre le changement climatique, alignée sur les engagements du Pacte national de l’énergie. Ce texte ambitieux vise, d’ici 2030, à porter le taux d’électrification à 70 %, à faire des énergies renouvelables 30 % du mix électrique et à connecter près d’un million de foyers supplémentaires.
2028 : L’épreuve de vérité
Si la signature des accords de financement marque une étape cruciale, le véritable défi reste à venir. La réalisation des travaux, le respect des délais et le raccordement efficace des centrales au réseau seront déterminants. Le gouvernement béninois devra également veiller à moderniser les infrastructures de distribution pour garantir que l’électricité produite profite pleinement aux populations et aux entreprises.
Le projet IPP50 incarne bien plus qu’une simple augmentation des capacités de production. Il symbolise la volonté du Bénin de construire un avenir énergétique autonome, durable et inclusif. Une démarche qui pourrait inspirer d’autres nations de la sous-région en quête de résilience et de croissance.
Par Souleymane Ali — Journaliste