3 juin 2026
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au Mali, les droits fondamentaux bafoués sous couvert de sécurité

Enlèvements arbitraires, disparitions forcées et incitations à la violence se multiplient au Mali. Face à l’escalade des violations des droits fondamentaux, les autorités maliennes sont interpellées pour respecter leur propre constitution et mettre un terme à ces agissements inacceptables.

Les événements dramatiques des 25 et 26 avril 2026 au Mali ont marqué un tournant dans l’escalade des violations des droits humains. Plusieurs figures de l’opposition et personnalités critiques ont été victimes d’enlèvements ciblés dans la capitale, Bamako. Parmi elles : Me Mountaga Tall, avocat emblématique de la lutte démocratique malienne, Moussa Djiré (surnommé Abba), président du mouvement Yiriba 223, et Youssouf Daba Diawara, ancien responsable de la Coordination des mouvements, associations et sympathisants de l’imam Mahmoud Dicko (CMAS). À ce jour, leurs lieux de détention et leur état de santé restent inconnus.

Les méthodes employées rappellent celles attribuées à l’Agence nationale de la sécurité d’État (ANSE), déjà pointée du doigt pour plusieurs cas similaires depuis 2021. Pourtant, aucune enquête judiciaire n’a été ouverte à ce jour pour faire la lumière sur ces disparitions.

Me Drissa Traoré, secrétaire général de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), a réagi avec fermeté : « Ces disparitions forcées constituent une nouvelle étape dans la répression des voix dissidentes au Mali. Les autorités doivent impérativement révéler le sort des personnes enlevées, garantir leur sécurité et lancer des enquêtes indépendantes ». Il ajoute : « La lutte contre le terrorisme ne saurait justifier le rejet de l’état de droit et des libertés fondamentales ».

une dérive des discours de haine en ligne

La situation s’aggrave avec la multiplication des discours de haine et des appels à la violence sur les réseaux sociaux, émanant d’activistes proches des cercles du pouvoir. Des défenseurs des droits humains en exil, des journalistes et leurs familles subissent menaces de mort, campagnes de diffamation et harcèlement systématique. Certains responsables politiques appellent même publiquement à déchoir de leur nationalité les critiques vivant à l’étranger.

Lors des funérailles du général Sadio Camara, ministre de la Défense tué lors des attaques d’avril, Aboubacar Sidiki Fomba, membre du Conseil national de transition (CNT), a publiquement appelé à « tuer » et à « déchoir de nationalité » les opposants en exil. Malgré un communiqué du procureur condamnant ces appels, aucune mesure concrète n’a été prise contre leurs auteurs.

Ces agissements s’inscrivent dans un contexte de restriction drastique de l’espace civique, amorcé après les coups d’État de 2020 et 2021. La dissolution des partis politiques en mai 2025, en violation flagrante de la Constitution, illustre cette dérive autoritaire.

Les attaques des 25 et 26 avril, revendiquées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA), ont coûté la vie à de nombreux civils et militaires. La FIDH condamne avec la plus grande fermeté ces exactions ainsi que les violations répétées du droit international humanitaire perpétrées par ces groupes armés. Les attaques contre des populations civiles dans les villages de Kori-kori et Gomossogou (région de Bandiagara) le 6 mai confirment l’urgence d’une réponse internationale pour protéger les populations prises au piège de cette spirale de violence.

La FIDH exhorte les autorités maliennes à mettre un terme immédiat aux disparitions forcées, aux détentions arbitraires et aux intimidations visant les voix dissidentes. Elle demande également l’ouverture d’enquêtes impartiales sur les appels publics à la violence et les menaces proférées en ligne. La communauté internationale est appelée à redoubler d’efforts pour trouver des solutions durables à la crise sécuritaire et politique qui frappe le Sahel, afin de préserver les droits humains et de protéger les populations civiles.