21 juillet 2026
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Arrestation de l’imam Mohamad Ishaq Kindo : les faits marquants à retenir

Portrait de l'imam Mohamad Ishaq Kindo

L’arrestation de Mohamad Ishaq Kindo, figure majeure de l’islam sunnite au Burkina Faso, a provoqué une vive émotion dans le pays. Le prédicateur, également président des Oulémas sunnites du pays, a été interpellé mardi 26 mai à Ouagadougou par des forces de sécurité encagoulées. Son arrestation survient deux jours après des critiques virulentes contre le nouveau projet de loi sur les libertés religieuses, adopté en mars dernier.

Une interpellation musclée en pleine période de Tabaski

D’après un proche de l’imam, l’opération s’est déroulée vers 14h, à quelques heures seulement de la célébration de l’Aïd El-Kébir. Des éléments des forces de sécurité, mêlant policiers et militaires, ont procédé à son arrestation dans des conditions qualifiées de violentes. Des fidèles présents sur place se sont opposés à cette interpellation, entraînant des tensions et des blessés parmi les manifestants.

Cette arrestation a été dénoncée par la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB), qui a immédiatement saisi les autorités compétentes pour obtenir des éclaircissements. Dans un communiqué, l’organisation s’est dite « préoccupée par les circonstances de cette interpellation » et a demandé une « suite favorable » à cette affaire.

Des manifestations réprimées sous le gaz lacrymogène

Quelques heures après l’arrestation de l’imam Kindo, des centaines de ses partisans se sont rassemblés dans les rues de Ouagadougou pour réclamer sa libération. La manifestation, dispersée par les forces de l’ordre à l’aide de gaz lacrymogènes, a encore attisé les tensions au sein de la communauté musulmane.

La FAIB a appelé au calme et à la retenue, exhortant les fidèles à éviter toute forme de violence ou de provocation. Malgré cette mobilisation citoyenne, aucune réaction officielle n’a été communiquée sur le sort réservé à l’imam arrêté.

Un projet de loi controversé à l’origine des tensions

L’arrestation de Mohamad Ishaq Kindo est directement liée à ses prises de position contre le projet de loi sur les libertés religieuses, adopté en conseil des ministres le 19 mars. Ce texte, destiné à encadrer les pratiques religieuses, vise notamment à lutter contre le radicalisme et les dérives observées sur les réseaux sociaux.

Parmi ses dispositions, le projet interdit la construction de lieux de culte dans les administrations publiques, à l’exception des établissements sanitaires et carcéraux. Les autorités justifient cette mesure par la nécessité de préserver la laïcité de l’État et d’éviter les discriminations entre les confessions. Elles rappellent que la prière dans l’espace public reste autorisée, à condition de respecter les croyances d’autrui.

Mariem Sanogo, directrice générale des Affaires religieuses, coutumières et traditionnelles, a précisé que ce texte n’était pas nouveau mais avait été actualisé pour faire face à la montée du radicalisme et de l’extrémisme violent. Elle a également souligné la volonté des autorités de renforcer la cohésion nationale en régulant les discours haineux et incivils en ligne.

Silence des autorités et contexte politique tendu

À ce jour, aucune autorité burkinabè n’a officiellement réagi concernant le sort de l’imam Kindo. Le président du Burkina Faso, Ibrahim Traoré, a simplement rendu hommage aux forces de sécurité engagées dans la lutte contre le djihadisme, tout en mettant en garde contre toute tentative de déstabilisation.

Cette arrestation s’inscrit dans un contexte politique marqué par une gouvernance militaire depuis près de quatre ans. Depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Traoré, plusieurs voix critiques du régime ont disparu, ce que les autorités attribuent à la lutte contre les groupes armés présents dans une grande partie du territoire.

L’affaire de l’imam Kindo soulève donc des questions sur la liberté d’expression et le respect des droits religieux dans un pays en proie à une crise sécuritaire persistante.