Ce rendez-vous entre les présidents malien et burkinabè s’annonce comme un tournant diplomatique au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Alors que le général Assimi Goïta se rend à Ouagadougou pour une visite officielle, c’est l’absence remarquée du président nigérien Abdourahamane Tiani qui fait basculer l’attention vers les équilibres internes de la confédération. Une situation qui interroge : cette rencontre bilatérale marque-t-elle un changement de cap ou simplement une étape ponctuelle ?
Une rencontre bilatérale aux allures de signal politique
Le déplacement d’Assimi Goïta à Ouagadougou ce jour est avant tout présenté comme une étape de renforcement des liens entre le Mali et le Burkina Faso. Pourtant, c’est l’absence du Niger, troisième membre fondateur de l’AES, qui transforme cette visite en un événement diplomatique à part entière. Officiellement, il s’agit d’une visite de travail et d’amitié, mais les regards se tournent vers les implications stratégiques de cette absence.
Les deux dirigeants, souvent alignés sur les questions sécuritaires et politiques du Sahel, devraient aborder des sujets sensibles, notamment la lutte contre les groupes armés et la coordination militaire. Cependant, cette rencontre sans Niamey soulève une question centrale : cette dynamique bilatérale peut-elle suffire à porter les ambitions d’une alliance à trois ?
L’AES face à son plus grand défi : l’unité à toute épreuve
Créée en 2023 puis transformée en confédération en 2024, l’AES repose sur une promesse forte : une coopération renforcée entre Bamako, Ouagadougou et Niamey. Pourtant, cette visite illustre une réalité plus complexe. Si les ministres des Affaires étrangères des trois pays se sont réunis récemment pour harmoniser leurs positions, l’absence du président nigérien lors d’un tel sommet interroge sur la solidité de cette union.
Les défis communs restent immenses : sécurité frontalière, pression des groupes armés et besoin de souveraineté. Mais la capacité des trois États à maintenir une coordination constante au plus haut niveau est désormais mise à l’épreuve. Une alliance conçue pour trois ne peut se contenter de rencontres bilatérales ponctuelles : elle exige une vision partagée, visible et appliquée.
Une solidarité régionale qui se construit pas à pas
Malgré cette absence, les signes de solidarité entre les trois capitales persistent. Les initiatives conjointes, comme les réunions ministérielles, montrent que l’AES continue de fonctionner. Cependant, la visite de Goïta à Ouagadougou pourrait révéler une nouvelle étape : celle d’un recentrage stratégique, où Bamako et Ouagadougou avancent plus étroitement, tout en laissant entrevoir des ajustements dans leur relation avec Niamey.
Autrement dit, cette rencontre pourrait être perçue comme une opportunité de dynamiser l’alliance, plutôt que comme une preuve de division. Mais pour cela, il faudra que les conclusions de ces échanges trouvent un écho à Niamey.
Quel avenir pour l’AES après cette visite ?
Le succès de l’AES dépendra de sa capacité à concilier deux dynamiques : d’un côté, la nécessité de renforcer les liens entre deux ou trois membres, et de l’autre, l’impérieuse obligation de maintenir une cohésion globale. Les résultats de la visite de Goïta ne suffiront pas à eux seuls à définir l’avenir de l’alliance, mais ils pourraient en révéler les orientations futures.
Seront-ils suivis d’une réactivation du dialogue à trois ? Ou bien cette rencontre marquera-t-elle le début d’une nouvelle phase, où l’AES évoluerait sous une forme plus flexible, adaptée aux réalités politiques de chaque capitale ? Une chose est sûre : dans une confédération fondée sur la confiance, chaque absence compte. Et celle du Niger, aujourd’hui, pèse son poids.
Les prochains jours nous diront si cette visite aura été un simple épisode diplomatique, ou si elle aura ouvert la voie à un tournant stratégique pour l’Alliance des États du Sahel.